Arrêt du 26 mai 1660

Quand il a fallu décider d’une date pour établir la première fête de l’estampe, sur le même modèle que celle de la musique, des moulins ou des voisins, le choix était délicat tant le calendrier pullulait de jours fériés et de commémorations. Le 26 mai s’imposa assez naturellement car il célébrait la date anniversaire de l’arrêt en conseil d’État de 1660, plus connu du monde stampassin sous le nom d’édit de Saint-Jean de Luz. Celui-ci exemptait les graveurs de l’assujettissement à une communauté de métiers et les considérait ainsi comme des artistes libéraux. Toutefois, le choix de cette date ne se voulait pas une simple commémoration d’un passé lointain mais bien plutôt celle de l’actualité d’un texte dont les termes conservaient une résonance profonde et vivante dans notre époque.… Pour lire la suite “Arrêt du 26 mai 1660”

Des caractères

Sans prétendre à être ceux de La Bruyère, les petits caractères imprimés, qui les font vivre typographiquement, composent un ménage avec l’estampe depuis son origine. Ils disent ainsi toute la consanguinité qui perdure entre le livre imprimé et l’estampe. Car, l’une et l’autre s’abreuvent à la même eau : le signe porteur du sens. Que ce signe soit des lettres, idéogrammes ou hiéroglyphes ou soit le graphe incisé d’une image.

Les caractères de l’écriture alphabétique, pour se cantonner au seul monde occidental, constituent souvent une part plus ou moins significative de l’image portée par l’estampe. Du monogramme d’Albrecht Dürer si semblable, tout anachronisme mis à part, à un tori japonais dans son élégance graphique, aux eaux-fortes de Jacques Callot avec les lettres de leur légende gravées dans la matrice, en capitales romaines ou en cursives calligraphiées, légende dont celle de sa dernière estampe représentant un banquet sous une treille, tracée par ses compagnons, est si émouvante : «La dernière planche gravée par le deffunt Callot, a laquelle l’eau forte n’a esté donnée quapres sa mort.»Pour lire la suite “Des caractères”

Variations sur ma gravure

Nota bene : les citations entre guillemets et en italiques sont extraites du texte de Paul Valéry portant ce titre.

Valéry fut «un graveur occasionnel et intermittent», mais il fut néanmoins suffisamment graveur pour consigner son expérience dans un petit texte Variations sur ma gravure. C’est un texte de commande pour une édition de luxe (l’Orfèvrerie Christofle) paru en 1944, que les éditions Pagina d’Arte ont republié en 2009.

Frontispice de ce texte (Cl. Institut de France)

Pour introduire «sa manière de confession», Valéry rappelle le choix qui s’impose «dans la morale des arts» : tout poète, qu’il travaille la langue ou l’image, doit choisir l’insouciance de l’inspiration ou les rigueurs d’une œuvre construite.… Pour lire la suite “Variations sur ma gravure”

Disette respiratoire

En ces temps de disette respiratoire, amis graveurs, l’apnée du sommeil nous guette.
Qui n’a pas, dans un tracé préparatoire délicat, retenu son souffle ?
Qui n’a pas, dans un grattage, brunissage d’une manière noire ou aquatinte, suspendu les « pompes » de son diaphragme ?
Qui n’a pas, dans une courbe délicate, dans une ligne droite qui n’en finit pas, taillé à l’avant d’une pointe sèche, à l’arrière d’un burin, thésaurisé son gaz carbonique alvéolaire ?
Qui n’a pas, au pinceau trois poils ou plus, sur une eau-forte, une aquatinte, en surface ouverte, fermé la « soupape » respiratoire, afin de tenter d’atteindre une subtilité improbable ?… Pour lire la suite “Disette respiratoire”

Piranèse toujours d’actualité

Une exposition

En cette période de confinement comment ne pas penser aux “Carceri” de Piranese, plus que jamais d’actualité. Malheureusement je n’ai pas eu le temps de voir l’exposition, “Piranèse, un rêve de pierre et d’encre”, qui se tenait à la bibliothèque de l’Institut de France, quai Conti à Paris, jusqu’au 10 avril 2020, mais qui n’est plus accessible. Espérons qu’elle sera prolongée. Malgré tout, le livret de l’exposition peut être téléchargé au format pdf (à télécharger ici).

 

L’affiche de l’exposition (Cl. Institut de France)

Un livre

En attendant je vous propose une promenade à travers son œuvre avec pour guide Marguerite Yourcenar qui dans “Le cerveau noir de Piranèse” nous invite à la suivre dans une approche sensible et fortement documentée.… Pour lire la suite “Piranèse toujours d’actualité”

Estampe sérigraphiée

La majorité du public use plus volontiers du vocable gravure que du terme estampe ; dire d’une image : «c’est une gravure» rassure l’éventuel acheteur, mais dire : «c’est une estampe» le plonge le plus souvent dans la perplexité. Des explications complémentaires à vocation pédagogique, du genre : «Pour créer une estampe, on peut graver une matrice. On peut aussi utiliser bien d’autres manipulations et transférer une image sur le papier sans procéder à aucune gravure.» Voilà une vérité qui replonge notre éventuel acheteur dans une perplexité plus grande encore. Dire : «c’est une lithographie» l’emporte peut-être dans des souvenirs de pierre ou d’écriture bien flous.… Pour lire la suite “Estampe sérigraphiée”

Une animation

Voici une idée d’animation inaugurée lors du « Salon des Artistes français », dans le cadre « Art Capital 2020 » au Grand-palais à Paris, du 12 au 16 février 2020 par la section gravure présidée par Guy Braun.

Nous avons tous, lors de nos expositions collectives ou individuelles, offert à notre public des animations qui mettent en valeur les particularités de l’estampe. Le plus souvent il s’agit de textes illustrés ou de diaporamas, et quand cela est possible de démonstrations de tirages.

Lors du dernier Salon d’Art Capital au Grand Palais, j’ai eu l’idée d’impliquer les visiteurs (pas les exposants) à la création collective d’une estampe sur une plaque polie miroir (pour le reflet du visiteur, artiste pour l’occasion) de 80 sur 60 cm.… Pour lire la suite “Une animation”