Rester en surface

Exposition d’estampes et peintures de Laurent Chaouat
Jusqu’au 11 janvier 2019
La Maison des arts de Bagneux (92)
15 rue Albert Petit
Tel : 01 46 56 64 36
maison-arts@mairie-bagneux.fr
Du mercredi au vendredi de 14h à 17h
Finissage le 11 janvier à 18h

La Maison des arts de Bagneux poursuit le cycle Multiples, initié il y un an, avec « Rester en surface », une exposition des gravures et peintures de Laurent Chaouat. L’exposition offre à voir son travail récent d’estampe et de peinture mais aussi permet de s’immerger au rez-de-jardin dans une reconstitution fidèle de son atelier de création.

L’exposition à l’étage (Cl. Anne Paulus)

Le visiteur est tout d’abord invité à découvrir les œuvres à l’étage de cette belle bâtisse du XIXe siècle aujourd’hui transformée en centre municipal d’art contemporain. Dans ce vaste espace sous la charpente historique, se déploie une vingtaine de grandes toiles, diptyques et estampes.
« Cet ensemble représente le travail des 4 dernières années », nous précise l’artiste en introduction. Les œuvres ne sont pas présentées par ordre chronologique mais plutôt en fonction de leur potentiel à dialoguer entre elles. À travers ce dialogue, on découvre le chemin qu’il s’est patiemment tracé, pas à pas.

Il y tout d’abord les grandes toiles claires, laiteuses, intitulées Bruit blanc. Par un jeu de transparence si caractéristique du travail de Laurent Chaouat, elles laissent deviner sans les dévoiler des éléments fragmentés puis recomposés, des traits qui évoquent là un bras, ici des formes géométriques. La récurrence des petites séries de carrés semble illustrer le cheminement posé, mesuré, de l’artiste.
À cette période a succédé un temps où l’artiste a ressenti le besoin de se mesurer à un matériau plus dur que la toile. On découvre de grands diptyques verticaux, vis à vis, où une combinaison de panneaux de bois peints et gravés sans repentir possible est confrontée à une combinaison de toiles sur fond clair verticales.
Surprenante juxtaposition dont la radicalité ne laisse pas indifférent. Prendre le temps d’une plongée dans ces œuvres à la grammaire si personnelle apparaît alors comme une nécessité. Tout est affaire de combinatoire, d’équilibre précaire. Le rapprochement physique de ces deux types de langage si différents semble traduire l’interrogation profonde de l’artiste sur le monde qui l’entoure. Néanmoins, telle une mesure qui jalonne le chemin que l’artiste suit coûte que coûte, un point d’ancrage, le bras, tracé, gravé, peint, entaillé apparaît dans chaque pièce.

Rester en surface (Cl. Anne Paulus)

Marquant une rupture dans son travail, les estampes de Laurent Chaouat présentées dans l’exposition frappent par leur grande liberté. Intitulées Rester en surface, elles constituent les pièces les plus récentes de cet ensemble, une nouvelle étape en forme de retrouvailles intimes avec cet art aux possibilités infinies que Laurent Chaouat enseigne depuis de longues années. Fidèle à lui-même, l’artiste offre à voir des combinaisons plastiques et des rapprochements subtils, articulant des éléments de sa grammaire picturale personnelle à la surface du papier.

Techniquement, Laurent Chaouat semble se jouer des difficultés et dépasse la question de l’estampe pour entrer dans une logique d’exploration autour des matières. « Je veux rendre des choses très présentes et en absenter d’autres ». Seule la gravure semble lui permettre d’interroger aussi pertinemment et librement la question de la force et de la fragilité.

Une estampe de la série (Cl. Anne Paulus)

Dans le travail de Laurent Chaouat, rien n’est jamais vraiment dit. Même si les choix du peintre et graveur sont pleinement assumés, le sens de l’œuvre ne s’imposera pas au regardeur. Bien au contraire, l’artiste souhaite avant tout que la confrontation à l’œuvre provoque une émotion, quelle qu’elle soit, reliée ou non au ressenti propre de l’artiste. Le regardeur, tout comme l’artiste, est et doit rester totalement libre.

Anne Paulus

Une interview de l’artiste sur la page facebook de la Maison des arts de Bagneux : https://www.facebook.com/villedebagneux92/videos/2198144270427690/

Galerie L’Angélus

1er décembre 2018
34, Grande Rue – 77630 Barbizon

Ce samedi 1er septembre fut marqué, dans une petite commune du sud Seine & Marne, par l’ouverture – liée à un changement de lieu – d’une galerie dédiée à l’estampe.

L’extérieur de la galerie (Cl. Gérard Robin)

Nous sommes à l’orée du massif forestier bellifontain, à Barbizon. Et face à la Maison-atelier de Jean-François Millet (au n° 27), de l’autre côté de la Grande Rue, voici la galerie L’Angélus (au n° 34), une petite maison à l’architecture intérieure rénovée et joliment adaptée par ses occupants à sa fonction, y intégrant, pour agrémenter l’espace hors cimaises, des sculptures attrayantes. S’y ajoutant, en hauteur dans une grande niche, la réplique en résine d’un grand bronze “Mon Oncle”, réalisé en hommage à Jacques Tati pour la ville de Saint-Maur-des-Fossés (94), et signé Mélanie Quentin…

La galerie est double : celle dans la maison de Jean-François Millet, qui s’attache à présenter les œuvres du maître, ainsi que celles d’autres artistes du XIXe siècle (huiles, aquarelles et dessins), et celle qui ouvre aujourd’hui ses portes. Dans cette dernière, hors la statuaire, c’est l’estampe qui est à l’honneur, dans une grande diversité. En sus de signatures comme Arman, Avati, Braque, Combas, Dali, De Vlaminck, Foujita, Gromaire, Laurencin, Paul, Le Pho, Picasso, Raffaëlli,… on découvre, visibles sur les cimaises de l’entrée, celles de Bernard Buffet, Niki de Saint Phalle, Zao Wou-Ki. Un beau préliminaire, avant de pénétrer sur la gauche dans un espace dédié à l’École de Barbizon et au XIXe, avec Jean-Baptiste Corot, Charles Jacque, Henri Fantin-Latour, Edouard Manet et bien sûr Millet. À droite, un escalier mène à un grand sous-sol dédié à l’estampe contemporaine, avec les graveurs : Guy Braun, François Houtin, Jean Lodge, Mégumimets, Jean-Michel Mathieux-Marie, Marjan Seyedin, Sophie Sirot, Zarko Smeljanic et Mikio Watanabé.

Le rez-de-chaussée de la galerie (Cl. Gérard Robin)

Deux nouveaux artistes avaient été accueillis pour le vernissage.
La pointe-sèchiste Jeanne Clauteaux-Rebillaud, dont le trait direct, rejetant toute incursion dans le vernis et le mordant chimique, sait exprimer, tant dans ses paysages intemporels que ses personnages improbables – une sorte de bestiaire humain, parfois animal –, des évocations toutes brossées de subtiles nuances de valeurs, qui donnent l’impression de lavis, dans des visions originales et fortes, propres à s’enrichir chacune de l’imaginaire de chaque spectateur.

L’aquafortiste Thierry Mortiaux, artiste belge, mélangeur de manières liées à l’eau-forte, mais ne dédaignant pas l’ajout de pointe, qui sait brosser un univers pictural empli d’êtres rabelaisiens, grivois à souhait pour certains, dans des postures parfois de nudité qui choquent mais ravissent à la fois. Une atmosphère que d’aucuns peuvent juger sulfureuse, mais que n’aurait sans doute pas dédaignée un Félicien Rops, et qui se découvre avec plaisir au fil d’une analyse que la curiosité appelle à renouveler…

Le sous-sol de la galerie (Cl. Gérard Robin)

Il nous faudra revenir, pour mieux apprécier les œuvres, car il y avait foule ce soir-là : personnalités locales, amateurs d’estampes, collectionneurs, artistes… Difficile donc de contenir tout ce monde. Et il fallait en ces lieux beaucoup de souplesse pour se glisser entre les invités, afin d’aller observer une estampe, tenter de rejoindre un artiste pour le saluer, ou encore prendre une flûte de bulles pour étancher la soif due aux conversations. On retiendra l’accueil, joint à la compétence professionnelle, des responsables de la galerie, Bachar et Hiam Farhat, qui furent aussi, rappelons-le, à l’origine des deux salons sis à l’espace culturel Marc Jacquet : “Impressions 2016, l’esprit de Barbizon” et “Impressions 2017, sur les pas de Rembrandt”.

La galerie “L’Angélus” jointe à la visite de la Maison-atelier J.-F. Millet forment une destination barbizonnaise à ne pas manquer, le tout pouvant, pour les amoureux de l’art et les curieux, justifier le déplacement, sinon à l’ajouter absolument à une balade printanière ou estivale en forêt de Fontainebleau.

Gérard Robin

Un voyage de plume et de pointe…

“Rivages enracinés, Anouck Faure,…”
15 novembre – 15 décembre 2018
Espace Carpeaux
15, boulevard Aristide-Briand
92400 Courbevoie

À la suite de nos salons sur l’estampe en Val de Loing, dans le Sud Seine & Marne, une étudiante, Anouck Faure, nous avait contacté pour découvrir les arcanes de la gravure, avec le souhait de faire un stage auprès d’un artiste de l’art. Une demande à priori difficile, sachant que l’artiste-graveur travaille, hors des séjours en atelier, d’une manière généralement solitaire, et ne peut accueillir facilement quelqu’un pour le former. Nous l’avions alors invitée à une exposition : “Le Théâtre du temps”, faite en hommage au grand buriniste Louis-René Berge, – à l’espace Évolution Pierre Cardin -, afin de lui faire découvrir la gravure, et de cerner au mieux sa demande. Une occasion, aussi, de rencontrer des visiteurs artistes et les lui présenter… C’était en mai 2014.
Une opportunité se présenta avec la présence de Didier Mannonviller, des bien connus Ateliers Moret. Si l’atelier d’impression taille-douce est un lieu de concrétisation des estampes et de formation, c’est aussi un lieu de rencontres. Un espace idéal. Notre imprimeur accepta bien volontiers de la prendre en stage. Une relation professionnelle fructueuse s’installait…

“Rivages enracinés”
2018 –
Eau-forte sur cuivre (Cl. Gérard Robin)

Quatre années se sont passées jusqu’au reçu d’une invitation au voyage vers des “Rivages enracinés”. Un titre évocateur propre à nous emporter au-delà de l’océan, vers les archipels de Nouvelle-Calédonie… Avec, en plus, une révélation sur l’artiste. Anouck Faure semble manifestement inspirée au plus profond d’elle-même par les paysages de son enfance, « où l’océan embrasse la roche des montagnes et les racines des mangroves ». Mais, pour aller au-delà du souvenir, pour alimenter son imaginaire, elle a approfondi sa connaissance de la culture kanake – notamment à l’INALCO -, pénétrant l’univers des mythes cosmogoniques océaniens, où esprit, minéral et végétal s’interpénètrent.
Avec un talent affirmé, sans doute affiné lors de l’obtention d’un master en illustration et arts plastiques à l’École de Condé, elle s’exprime picturalement, tant à la plume qu’à la pointe, – au travers de l’eau-forte -, pour décrire ses propres paysages intérieurs. La taille d’épargne sur bois l’attire aussi.
Anouck vit et travaille à Paris. Si son cadre de vie est la métropole, sa source d’inspiration liée à ses racines s’enrichit des apports de son nouvel environnement, en particulier au travers d’une résidence d’artiste en Auvergne, au centre culturel Le Bief, à Ambert, non loin du moulin Richard de Bas.

“Rumia dans le néant”
2018 – Eau-forte, aquatinte, pointe sèche, papier de verre, sur cuivre
(Cl. Gérard Robin)

La gravure lui est devenue un champ d’investigations et de découvertes qu’elle désire expérimenter, pour s’en approprier les “manières” qui lui correspondent le plus. Si son dessin à la plume est prépondérant dans l’exposition, il s’impose naturellement, comme une suite ou plutôt une ouverture, sur la gravure. Son graphisme dessiné se prête d’ailleurs magnifiquement à la transcription, – et bien sûr à la création – sur planche. Cela avec une maturité technique dans ce qu’elle connaît déjà et maîtrise parfaitement, proposant au regard une qualité d’image remarquable, par le graphisme et la charge du ressenti.

Vue générale de l’exposition (Cl. Gérard Robin)

Remercions Philippe Lignier, directeur artistique de l’espace Carpeaux de Courbevoie, pour son choix, sans oublier Agathe de Louvigny, qui présenta l’artiste. À découvrir jusqu’à la mi-décembre.

Gérard Robin