Portraits de famille

Galerie Schumm-Braunstein
9 rue de Montmorency
75003 Paris
14 septembre-20 octobre 2018

Certains connaissent beaucoup plus Éric Fourmestraux par ses estampes que par les autres domaines artistiques dont il use pour s’exprimer. Amoureux de la chose imprimée et passionné de typographie, il met souvent en scène l’estampe dans des ensembles multiformes particulièrement bien construit à dessein. Cette récente exposition personnelle : « Portraits de famille », le montre d’autant plus qu’il a su, ici, fendre l’armure de son graphisme impeccable et laisser poindre ses passions, ses douleurs, ses amours qui s’entremêlent au fil du temps et que cette mise en espace rend d’autant plus poignantes.

Dès l’entrée de la galerie, le fac-similé photographique de la monumentale cheminée du château du Plessis-Trévise donne le ton. Le visiteur n’entre pas là dans le badin. Deux, voire trois, visages le regardent. « Le troisième jour (à Philippe F.) », pointe sèche toute en tailles douces sur fond immaculé, expression pensive et quelque peu inquiète. L’un dans le médaillon mouluré du manteau de la cheminée ; l’autre en un puzzle qui s’éparpille sur le rideau de fer de l’âtre, rideau tombé définitivement sur la vie de son père dont la main droite protège son regard vers ceux qu’il a aimés.

En entrant (Cl. Éric Fourmestraux)

Presque face à face, entre l’entrée et la devanture, un grand portrait en pied, sa mère, lui répond : « Rester debout (à Françoise F. née Bégué) », pointe sèche gravée sur briques de lait déployées. Une évocation sensible et pudique de la volonté et du désespoir face au naufrage de la vieillesse et de la maladie.
Puis, sur la gauche, dans la lumière de la vitrine, vibre comme en contrepoint de cette vie cessante, le séduisant portrait aux crayons d’une pulpeuse repasseuse, Juliette, son amoureuse, qui semble vouloir lisser avec son fer le portrait d’une autre repasseuse qui a été roulée par le destin.

En respiration, une série d’estampes de petit format se proposent à la vue : des portraits à la pointe sèche qui associent à chacun un objet familier ou préféré, le tout siglé du point rouge d’Éric. Parmi eux, toujours, celui de Juliette accompagnée d’un flacon de parfum au ventre arrondi. D’autres œuvres, plus ou moins discrètes, disposées ça et là entre quelques antiques portraits de famille.

Au fond de la galerie, on s’arrête volontiers pour de nombreux instants devant l’étrange machinerie de Patrick Tresset qui frétille, trépidante et lancinante, face à un Éric Fourmestraux immobile et stoïque. L’automate, avec ses capteurs affolés et ses bras articulés, lui tire trois portraits-robots dont l’un a été reproduit, trait pour trait, par Éric.en trente estampes intitulées : « EF par Patrick Tresset ». La notion de portrait est ainsi mise en un abîme où un automate portraiture l’artiste qui reproduit manuellement le dessin mécanique du robot sur une estampe, tel un possible auto-portrait automatique de l’artiste et ainsi de suite…

En sortant (Cl. Éric Fourmestraux)

Enfin, au sortir de la galerie, ne pas rater, non la marche, mais en pivotant de 270° sur la droite, collée sur le mur extérieur de la galerie et offerte aux regards des passants, une frise en reprise des images imprimées par Éric Fourmestraux, frise où, avec le temps, tout passe, trépasse et s’efface.

Une exposition qu’il ne faut pas manquer même pendant le fric-frac de la Fiac.*

Claude Bureau

* Allusion à une autre œuvre présentée et accrochée à une patère : « é(f)ric et fiac », taille d’épargne et découpe, 74 exemplaires.

Noirs et Couleurs

« Noirs et couleurs »
La taille et le crayon
Fondation Taylor
1 rue La Bruyère 75009 Paris
4 au 27 octobre 2018

Ce mois d’octobre 2018, la Fondation Taylor à Paris se distingue et brille des couleurs d’artistes plasticiens notoires, tels les peintres, Esti Levy et Ljubomir Milinkov, et le sculpteur, Zheng Zhen Wei. Une belle découverte plurielle à faire, s’y ajoutant les noirs de l’une des grandes signatures de l’estampe : Nathalie Grall.

Nathalie Grall : « Le minois du minou »,
roulette électrique et burin sur chine appliqué (Cl. Gérard Robin)

Celle-ci offre au regard, sur les cimaises du rez-de-chaussée, un florilège de ses créations, des plus anciennes aux plus récentes, plus d’une trentaine de gravures, où excelle le burin, ici et là allié au diamant ou au berceau et au grattoir. De l’efflorescence de signes à des silhouettes élégantes et fluides, de « L’envolée de l’embellie » à « Le minois du minou », tout un imaginaire sensible qui chaque fois enchante. Ainsi qu’elle l’écrit : « Être graveur, c’est pour moi un moyen de capter les signes fugitifs de la vie et de les transcrire sur le cuivre ». Une gravure originale, qui porte sa griffe quelle que soit la diversité graphique des créations, et où elle est sans doute plus peintre que dessinatrice. Car ne dit-on pas qu’elle aime porter son dessin, directement sur le cuivre, à l’aide du pinceau et de la gouache, pour ensuite figer la spontanéité à l’outil de taille ?

Kiyoshi Hasegawa : xylogravures (Cl. Gérard Robin)

Ensuite, dans l’atelier, au quatrième étage, « Noirs et couleurs » sont un autre grand rendez-vous à ne pas manquer, proposé par « La taille et le crayon » et concocté par son nouveau président, Carlos Lopez, et son équipe. Sous ce titre même, autour d’un hommage à Kiyoshi Hasegawa, – présent au travers d’un bronze sculpté par Georges-Louis Guérard en 1973 -, et dont on découvre des gravures inédites en taille d’épargne de la période 1913-1932, six invités sont à découvrir ou redécouvrir.

Vue partielle de l’exposition (Cl. Gérard Robin)

Ainsi : Baptiste Fompeyrine, auteur de belles images colorées qui mettent en scène, – comme lui-même l’écrit -, les figures et les mystères qui peuplent ses jardins de souvenirs.
Didier Hamey, dont la pointe sèche génère, au travers du plexiglas initial, des scènes oniriques et surréalistes, toutes empreintes de poésie, où souvent flirtent ou s’épousent l’animal et le végétal.
Dominique Neyrod, touchée par la nature dans ses rythmes, ses structures et ses teintes, des perceptions qu’elle exprime avec vigueur, telle la peintre qui sommeille en elle, au travers des eaux-fortes au trait et de teinte.
Sylvain Salomovitz, dont les tailles d’épargne sont un peu à l’image de ses aquarelles, denses et fortes, et dont il maîtrise l’impression tant à la presse qu’au frotton et même à la cuillère.
Raúl Villulas, également adepte de la taille d’épargne, celle du bois de fil dont il ne refuse pas les défauts de structure, pour accompagner ou renforcer des évocations de caractère, où l’élément humain croise parfois des oiseaux à l’apparence hitchcockienne.
Suo Yuan Wang, orfèvre de cœur, qui transcrit son imaginaire en taille-douce, par l’eau-forte au trait et de teinte, cela dans une expression dynamique indéfinissable, sublimée par le noir ou le gris des fonds, dans des compositions qui semblent des méditations, que l’on imagine culturellement inspirées des fondements d’espace et de temps qui composent notre univers.

Gérard Robin

Épreuves d’imprimeur

2 octobre au 25 novembre 2018
BnF François Mitterrand
rue Émile Durkheim
75012 Paris

Dans la bibliothèque François Mitterrand, cette exposition d’estampes, imprimées dans l’atelier ou le studio de Franck Bordas, se déroule le long de la galerie est, qui borde la verrière du jardin intérieur, dénommée « allée Julien Cain ». Entre ses pilastres, sur toute la longueur de celle-ci, sur de grands panneaux gris sont accrochées les épreuves en des présentations, consacrées à un artiste ou un thème, que souligne chaque fois un panneau explicatif illustré d’une photographie d’atelier.

L’estampe sait être très petite et intime, comme le timbre-poste, elle sait être aussi monumentale comme dans les compositions d’Albrecht Dürer dans « Le grand char triomphal de l’empereur Maximilien » ou dans les sièges de La Rochelle et le l’île de Ré de Jacques Callot. Ici, le visiteur est convié dans ce registre.du monumental où l’on peut déambuler et admirer ces estampes contemporaines avec le recul suffisant que permet la largeur de l’allée.

L’affiche de l’exposition

Multicolores, spectaculaires et lithographiques, le plus souvent, sont ces épreuves d’imprimeur que l’on peut entendre aux deux sens du mot épreuve : celui désignant le tirage imprimé réservé par l’artiste à l’imprimeur ou celui évoquant le défi lancé à l’imprimeur par les desiderata de l’artiste auquel, en bon artisan, il se doit de répondre. Épreuves réussies haut la main par Franck Bordas.

Sans éliminer les autres, faute de place, on peut citer  : le très classique « Red Shape » de James Brown, imprimé sur une vieille carte géographique dépliée. Les deux très grandes lithographies (160×120 cm) de Gilles Aillaud, deux pages blanches avec, sur l’une, une procession d’éléphants et, sur l’autre, un panorama de savane. Le gigantesque assemblage de Paul Cox : « Carte du temps perpétuel », 24 lithographies dans les couleurs primaires de la quadrichromie et bien d’autres estampes qu’il faut aller admirer de près ou de loin.

Contrairement à ce que laisse supposer la très documentée présentation de la commissaire, Cécile Pocheau-Lesteven, en fait assez peu, somme toute, d’estampes numériques mais une abondance surtout de lithographies avec, en outre, entre deux pilastres, les livres de la collection « Paquebot » surmontés d’un très bel assemblage de xylographies colorées, peuple les murs. On peut toutefois s’interroger sur la pertinence de certaines épreuves numériques présentes, comme celle de Pierre Buraglio : « Collioure en février 2015 », reprographies des pages d’un carnet de croquis ou les agrandissements photographiques de Tim Maguire : « Falling Snow III ».

Une vue de l’allée (Cl. Anne Mandorla)

En revanche, on ne peut que rester bouche bée de stupéfaction ou d’admiration devant la « fresque » numérique, pas moins de 7 mètres de long sur 2 mètres de hauteur, de Philippe Baudelocque : « Univers-Bibliothèque », cosmographie tracée en blanc sur fond noir d’une composition saisissante, commandée spécialement par la BnF.

Une exposition, donc, à ne pas manquer d’autant plus que l’accès en est libre et gratuit nonobstant le passage obligé au sas du contrôle de sécurité.

Claude Bureau

Un après-midi à Paris, de Mucha à Abeille…

Pour l’amateur d’estampes que je suis, ce 20 septembre fut marquant.

De Mucha

Alphonse Mucha
Musée du Luxembourg
75006 Paris
du 12 septembre 2018 au 27 janvier2019

La promenade commença au Musée du Luxembourg avec un parcours au fil de la vie d’Alphonse Mucha [1860-1939], cet artiste tchèque incomparable, prolifique et talentueux au possible, superbe dessinateur dont le style devint au début du XXe siècle synonyme de l’Art nouveau naissant. Concocté par le commissaire de l’exposition, Tomoko Sato, conservateur de la Fondation Mucha à Prague, on suit Mucha avec bonheur, au travers d’une belle scénographie, de sa bohème à Paris, où il rencontra Sarah Bernhardt, qui sera le sujet de sa première affiche lithographiée, – une création dont le style graphique bouleversera l’esthétisme de l’époque -. Et, on le découvrira : cosmopolite, mystique, patriote, artiste et philosophe. C’est là un portrait vraiment fascinant, illustré d’œuvres et de documents majeurs !

« Rêverie » [1897] – extrait
Alphonse Mucha
Lithographie

Et, de quitter le lieu, en particulier pour moi, – car il y a tant de choses à découvrir -, la tête pleine de lithographies où rayonne la femme, dans toute sa beauté et sa féminité. Du rêve à l’état pur…

à Abeille

Galerie Thomé
19 rue Mazarine
75006 Paris
du 20 septembre au 6 octobre 2018

Ensuite mes pas me conduisirent non loin, passée la place de l’Odéon, vers la rue Mazarine, avec en son milieu l’ouverture d’une nouvelle galerie : la Galerie Thomé, d’André et Bérengère Sinthomez. Pour l’inauguration, initiée avec le sculpteur et correspondant de l’Institut Gualtiero Busato, deux personnalités de l’art : le peintre Patrick Devreux et le sculpteur et académicien Claude Abeille, ce dernier y ajoutant… des gravures ! Si Claude Abeille présente des bronzes évocateurs sans doute de personnages en interrogation sur le réel, sous des formes aux élancements torturés et empreints d’une grande intériorisation, ses burins expriment picturalement une même force, évoquant dans leur état d’être ici « L’arpenteur », là « Le professeur », ou encore, ailleurs, un « Piano ». Une relation plastique symbiotique entre les trois et deux dimensions. Cette ouverture à la gravure, nouvelle dans l’esprit des galeristes, a trouvé un prolongement judicieux et remarquable dans l’invitation d’une troisième personnalité : Claude-Jean Darmon, correspondant de l’Institut, section gravure, et président de la gravure du Salon d’automne à Paris.

« L’Arpenteur »
Claude Abeille
Burin

Pour donner une vision très ouverte sur les « manières » de la gravure, Claude-Jean Darmon, orfèvre de la pointe sèche, – dont il tire élégamment une quintessence de vibrations subtiles -, s’était entouré de graveurs notoires, comme Yvonne Alexieff, avec ses évocations poétiques de la nature, mises en scène à l’eau-forte, au vernis mou, à l’aquatinte ou encore à la manière noire ; comme Carlos Lopez, nouveau président de l’association « La Taille et le Crayon », et qui, à l’eau-forte et sur Chine collé, traduit de belles transpositions de visions perçues de la baie d’un train en marche ; comme le bosniaque Safet Zec, brossant à l’eau-forte ou au vernis mou, rehaussés à la pointe sèche, des mains expressives, faites pour le travail ou la prière.

« Deux mains »
Zafet Zec
Vernis mou et pointe-sèche

Sans oublier, pour lui, au sous-sol voûté, et voisinant avec les œuvres d’Abeille, une grande gravure intitulée « Etreinte ». Au final un ensemble de treize gravures de qualité, pour celles en cimaises, offertes au regard du public. Encore merci à Claude-Jean Darmon pour le choix judicieux. Et, il est prévisible que, pour ses prochaines expositions, André Sinthomez ne se privera pas de joindre aux arts plastiques des « estampiers ».

Gérard Robin

Six ans de gravure

Jullien-Clément
Rétropective de six ans de gravure
24 août – 4 septembre 2018
Orangerie du Sénat, Paris.

Située sur la partie ouest du jardin du Luxembourg s’ouvre l’Orangerie du Sénat commandée par la régente Marie de Médicis, alors veuve de Henri IV,  lors de l’érection du Palais du Luxembourg, aujourd’hui siège du Sénat. Plusieurs orangeries se succédèrent au fil du temps. Le bâtiment présent, qui date de 1839, abrite aujourd’hui chaque hiver, sous d’amples verrières, plus de 200 plantes exotiques. L’été, celles-ci retrouvant place dans le jardin, le lieu accueille des expositions temporaires d’art contemporain, une initiative datant du XVIIIe siècle. Aucune lumière artificielle à l’intérieur pour éclairer les œuvres, seule la lumière naturelle, animée par le passage des nuages devant le soleil, donne une clarté environnante homogène des plus agréables.

Cette année, parmi les exposants, se trouve un graveur notoire d’origine marseillaise, monté spécialement du Var où il réside, pour présenter une rétrospective de six ans de gravure.
C’est Jean-François Jullien, dit Jullien-Clément. Habituellement, je consacre ma plume à des expositions de groupe, je fais cette fois une exception. À vrai dire, lorsque l’on parcourt ici les cimaises, où près de 70 œuvres s’offrent au regard, on y fait, côtoyant un ou deux autoportraits, la rencontre de personnalités incroyables, dans la cohabitation et le choix faits : Pascal, Dante, Nostradamus, Kafka, Goya, Don Quichotte ; sans oublier quelques musiciens : Pavarotti, Berlioz, Bach, Beethoven, Mozart, et même John Lennon…

« Confrontation aux quatre autoportraits »
(pointe sèche sur plexiglas)

de Jullien-Clément (Cl. Gérard Robin)

Donc beaucoup de monde traversant l’intimité intellectuelle de l’artiste, qu’évoque une gravure foisonnante et flamboyante où se croisent plusieurs techniques, de la taille-douce à la taille d’épargne, en particulier l’eau-forte sur zinc ou sur cuivre, agrémentée d’aquatinte et de roulette ; la pointe-sèche sur plexiglas ; et quelques linogravures. Ces personnages accompagnent une évocation estampière d’une grande richesse de pensée, alchimie picturale complexe mêlant gravité, souvent, et humour, où l’artiste se dévoile.

Une vue de l’exposition (Cl. Gérard Robin)

Il faut dire que Jullien-Clément, autodidacte d’une gravure qu’il a découverte il y a peu, – conformément au titre de sa rétrospective -, avait été auparavant, durant une quinzaine d’années, sculpteur et fondeur d’art. Il semble que ces techniques, qu’il affectionnait, se révélèrent cependant réductrices face à la dimension de son imaginaire et aux messages critiques ou oniriques qu’il souhaitait partager… Il ne pouvait tout exprimer en trois dimensions. Et l’estampe bidimensionnelle, avec le geste libre de la pointe, lui ouvrait d’autres champs de création mentale, bien plus amples et ouverts. Cela avec une verve que je qualifierais « hugolienne ».
Une gravure dense, à découvrir et à lire.

Gérard Robin

OSP aime les artistes

OSP aime les artistes #01 : Jacques Leclercq-K
www.galerieosp.com
06 38 32 38 16
contact@galerieosp.com

Une nouvelle galerie en ligne, la Galerie OSP, spécialisée dans les œuvres sur papier, a lancé sur son site une série d’entretiens avec des artistes. Pour le premier opus, #01, elle propose de découvrir un passionné de gravure : Jacques Leclercq-K*.

Né en 1945, Jacques Leclercq-K. s’intéresse à la question du paysage depuis les années 1970. Son œuvre est protéiforme – land art, peinture, vidéo, installation, etc. – mais l’estampe est à ses yeux un domaine à part, d’une magnifique complexité : « Un continent s’est ouvert à moi, explique-t-il à propos de sa découverte de l’estampe. J’avais le continent « dessin » mais le continent « gravure », c’est autre chose, c’est une pleine mer, c’est extrêmement riche. À cet égard, c’est dommage que la gravure soit considérée comme un art « mineur » parce que ses possibilités sont infinies. On peut pratiquement tout faire avec la gravure, c’est de l’alchimie. »

(Cl. Galerie OSP – Jacques Leclercq-K)

Sur le site de la Galerie OSP, l’interview de Jacques Leclercq-K. est accompagnée d’une sélection de 8 eaux-fortes et pointes-sèches, toutes des paysages imaginaires d’une grande beauté.

*L’interview est à retrouver dans la rubrique « Chronique », les œuvres sur la page d’accueil du site.

Nicolas Rolland

Atelier Pierre Soulages

L’Atelier d’arts plastiques Pierre Soulages
87 bis rue du Petit Château
94220 Charenton le Pont

S’appuyant sur l’Atelier d’arts plastiques Pierre Soulages qui est beaucoup plus qu’un centre culturel et qui dispose d’un équipement varié et de belle qualité dans deux domaines, entre autres, l’estampe et le vitrail, Hervé Gicquel, le maire de Charenton a pris la décision que tous les enfants de CM1/CM2 de sa ville auraient la possibilité d’une initiation à la gravure. Sous la houlette compétente et bienveillante de Sylvie Abélanet, directrice de l’Atelier, aidée par l’artiste Eijiro Ito, ils profitent de deux fois deux heures pour apprendre à regarder une photo, dessiner l’essentiel, manier une pointe sèche ou une gouge, comprendre ce qu’imprimer veut dire.

(Cl. Christine Moissinac)

Chaque séance a été différente, mais le déroulement reste le même : explications sur les principes de la gravure, en taille douce (sur une plaque de zinc ou de Rhénalon) ou en taille d’épargne (sur une plaque de bois ou de lino), nature des encres, manière d’encrer, maniement de la presse et découverte de l’inversion.

(Cl. Christine Moissinac)

Instants magiques que celui où l’enfant introduit un papier noir entre la photo et sa plaque : il voit les traits qu’il a gravés et ceux qu’il pourrait ajouter. Instant magique aussi quand retournant le papier encore humide sortant de la presse, l’estampe apparaît avec ses forces ou ses faiblesses, en tout cas unique, car c’est la sienne !

(Cl. Christine Moissinac)

Trois grandes leçons s’imposent ainsi peu à peu aux enfants : la nécessité d’un temps long pour obtenir une oeuvre, même modeste, la complexité du travail de la main qui doit être à la fois précise et ferme, l’intérêt de construire à chaque étape une réponse personnelle, par exemple choisir entre les détails et l’ensemble, noircir plus ou alléger encore…

Christine Moissinac

Le petit peuple de l’atelier

Exposition de Maxime Préaud
Galerie de l’Échiquier
16 rue de l’Échiquier Paris
avril 2018

(Cl. Christine Moissinac)

« Le petit peuple de l’Atelier » de Maxime Préaud respire la jeunesse et la joie de vivre. Il est fait de quelques objets : des cafetières colorées, avec parfois un verseur bien cambré, des pots et encore des pots, une bouteille qui a vécu, et encore une autre, une gomme, des pinceaux plantés dans un autre pot, et puis là, on se demande pourquoi une statuette africaine. Tous attendent la main de l’artiste qui doit, on ne le voit pas mais on le sent, les saisir avec tendresse, les déplacer pour les rapprocher, faire jouer leurs couleurs, ou encore adoucir l’arrondi d’un pot ou d’une bouteille, simplement leur donner leur pleine valeur. Ces compositions se déclinent avec ces quelques notes, vibrantes de couleur grâce à la technique que Maxime apprécie particulièrement, la plaque perdue, qui implique une progression, couleur par couleur, rigoureuse dans la création et l’impression de l’estampe : probablement pour l’artiste un moment de sérénité et de travail en douceur. Pour le visiteur, cette déclinaison de quelques « syllabes » provoque un regard renouvelé sur des objets si communs, mais si utiles finalement.

Et pour leur rendre hommage, s’est ajoutée une très grande planche, fruit d’un très long mûrissement, les rassemblant tous dans une sorte de parade festive.

« Vue d’une des étagères de mon atelier »,
linogravure (Cl. Maxime Préaud)

Christine Moissinac

Saint-Mihiel : arts du livre

Première biennale des arts du livre
Saint-Mihiel 55300
du 8 au 24 juin 2018
www.afcel.fr

Étape souhaitée sur la future « Route du patrimoine écrit », un ambitieux projet porté par la région et la DRAC-Grand-Est, la ville de Saint-Mihiel, lovée dans la vallée de la Meuse, a plusieurs atouts, à commencer par la présence de l’abbaye bénédictine Saint-Michel, siège, entre autres, de l’Hôtel de ville, et qui renferme une bibliothèque remarquable, réunie par les Bénédictins du IXe siècle à la Révolution : près de 9 000 livres, dont 74 manuscrits et 86 incunables. Déjà, dans les années 1980, une première biennale du livre avait été organisée, qui perdurera durant deux décennies… D’où le désir actuel de renouer avec l’esprit de cet événement, en créant la BIAL ou « Biennale internationale des arts du livre (et de l’estampe) », à l’initiative de Jean-François Chassaing, président de l’AFCEL, l’Association française pour la connaissance de l’ex-libris, cela avec le soutien du maire, Xavier Cochet, et de la municipalité, s’y ajoutant le partenariat de l’Association des amis de la bibliothèque bénédictine.

La salle capitulaire de l’abbaye (C!. Gérard Robin)

Point d’orgue de la manifestation, dans la belle salle capitulaire, les eaux-fortes intemporelles, évocatrices d’architectures oniriques, du talentueux Gérard Trignac : « Le royaume des Immobilités Immortelles ». Des visions superbes et étranges, auxquelles ombres et lumières donnent un relief saisissant, qui ne sont pas sans laisser sourdre une certaine angoisse existentielle, voire une symbolique de vanité. Autre exposition intéressante, sise dans le cloître nord, en forme de cabinet de curiosités, couvrant les murs sans ouvertures, celle de gravures de deux collections privées, qui parcourent les siècles, du XVe au XXIe siècle, les plus anciennes marquées par le temps.

Le  cloître nord avec les collections privées (Cl. Gérard Robin)

Et puis, il y a les ex-libris, issus d’un concours international sur un thème double : « Armistice », pour les artistes de l’estampe, et « Paix », pour les scolaires. Une réussite pour le premier, puisque 128 artistes, provenant de 24 pays, ont répondu, pour un total de 211 ex-libris. Le tout masquant un mur de la salle des mariages.  Présentation qui mériterait un espace plus ample de cimaises pour mettre mieux en valeur les « vignettes ». Quatre prix furent attribués dans chaque catégorie, un choix bien difficile, compte tenu de la qualité générale des créations. Pour « Armistice », le premier prix fut décerné par la ville de Saint-Mihiel à un nouveau venu en gravure : Gildas Menier, fils de Nadejda, avec une belle manière noire au nom de sa mère, qui montre que l’acquisition du talent et du savoir-faire peuvent relever parfois du domaine de la génétique ; le deuxième, au nom de l’AFCEL, honora l’Allemand Josef Werner, pour son « Armistice 1918 » ; le troisième, dû aux Amis de la bibliothèque bénédictine, récompensa la buriniste Hélène Nué pour son « Printemps 1919 » ; et, le quatrième, sélectionné par le Géant des Beaux-Arts, mit en lumière un artiste japonais, Suenaga Motoko. Quant à « Paix », auquel tous les collèges de la Meuse étaient conviés, un seul répondit à l’appel : « Les avrils de Saint-Mihiel », avec des élèves de troisième, proposant au travers de techniques graphiques diverses quelques 25 œuvres fort attachantes…

La présentation des ex-libris du concours (Cl. Gérard Robin)

Hors le palais abbatial, dans la salle multisports voisine, eut lieu du 8 au 10 juin 2018 une exposition animée de démonstrations, avec la présence d’artistes comme Pavel Hlavaty, Claire Illouz, Silvana Martignoni, Nadejda, Hélène Nué, et d’artisans d’art, dont Michel Méchin, de l’association la Typographie d’antan ; Didier Manonviller, des Ateliers Moret et sa presse taille-douce ; Tom Borocco et Mathieu Bœglen, du Conservatoire des arts et techniques graphiques, et leur « bête à cornes »… Signalons aussi, à l’Office de tourisme, agrémenté de quelques gravures anciennes malheureusement un peu mises à l’écart, – dont la très belle « Sainte Face » de Claude Mellan -, la programmation de films de la série « Impressions Fortes », réalisés par Bertrand Renaudineau et Gérard-Emmanuel da Silva, sous les conseils de Maxime Préaud, et d’une conférence : « Quid de l’ex-libris et des techniques d’estampe ».

Donc une manifestation marquante, cependant en manque d’informations dans les offices de tourisme de Lorraine, de Vaucouleurs à Nancy ou Metz. Une impression globale qui pourrait être considérée, selon la terminologie du graveur,  comme un « état », déjà fort estimable mais à parfaire, augurant d’un cycle de biennales à venir qui seront à découvrir à tout prix.

Pour de plus amples informations sur cet événement marquant, se référer aux catalogues 2018 de l’AFCEL : « Connaissance de l’ex-libris » n° 20 (pour la BIAL), et n° 21 (pour le concours et les œuvres).

Gérard Robin

Dans l’atelier de dame Cécile

Fête de l’estampe 26 mai 2018
Atelier de Cécile Meyer-Malinverno
45800 Saint Jean de Braye


Atelier de gravure (Cl. Alain Crosnier)

Dame Cécile, est graveuse. On rejoint son atelier par la rue La Fontaine, lui aussi un genre de graveur littéraire. On traverse un aimable jardin, à l’image de la propriétaire, pimpant et fantaisiste… et, si l’on suit bien les flèches, on atteint son atelier, au rez-de-chaussée de son pavillon face à la Loire, source inépuisable d’inspiration. En ce bel après-midi, la fête de l’estampe bat son plein, l’atelier est une ruche bourdonnante ou se mêlent visiteurs, amis et graveurs. C’est un atelier-musée où l’on peut admirer œuvres anciennes et d’autres toutes fraîches, ex-libris, plaques de cuivre attendant leur épreuve, papier séchant attendant la presse. La presse, c’est elle la vraie propriétaire des lieux ; plusieurs centaines de kilos de fonte et d’engrenages, quasiment impossible à déménager, et la présence d’une histoire qui a vu passer bien des épreuves. On y voit aussi l’exposition de deux autres graveuses, dont l’une est à l’œuvre avec sa petite fille. Il s’agit de Tatiana Kozlova, l’autre étant Caroline Hume. Les deux montrent des estampes de grand format, très maîtrisées. Les visiteurs regardent un peu effarés l’encrage des plaques, les mains grasses d’encre qui essuient l’excès d’encre et le paumage (*) habile qui finit la préparation.

Encrage de la plaque avant tirage (Cl. Alain Crosnier)

Ils s’émerveillent que tout ce noir, une fois passé sous la presse, donne ce résultat immaculé, un parfait mariage du noir et du blanc ou alors des dégradés de gris savants, ou bien encore des gammes de couleurs au gré de l’artiste qui s’efforce d’expliquer le processus aux visiteurs qui eux s’efforcent de comprendre… Ils sortent leur appareil photo pour immortaliser la naissance d’une estampe, accouchée par la presse et ses langes et par la grâce du beau geste arrondi qui tourne le volant.

Aujourd’hui je suis venu avec une vieillerie, une plaque de zinc même pas nettoyée mais qui représente « la brèche », une vue de la Loire avec la digue qui autrefois canalisait la partie navigable du fleuve. Après passage de toutes les étapes sous l’œil et la main vigilants de dame Cécile, le résultat est peu convaincant. Diagnostic : il faudrait repasser un coup de pointe sèche. C’est ça la gravure : jamais vraiment finie… alors, à l’année prochaine…

(*) J’ai entendu le terme de « paluchage »qui me parait peu orthodoxe et sujet à confusion

Alain Crosnier