En-deçà

Exposition de Véronique Mir-Nezan
Manifestampe
5 rue Pierre Sémard
75009 Paris
22 février au 1er mars 2020

Je connais et apprécie l’œuvre de l’artiste plasticienne-peintre Véronique Mir-Nezan, qui fait figurer la matière au centre de toutes ses œuvres, réalisées sur des supports s’étendant de la fragilité du papier à la densité et à la dureté du métal. Profondément ancrée dans l’art contemporain, elle multiplie les recherches et les expériences picturales sur des gravures, lithographies, peintures, études sur métaux et tous matériaux qui sollicitent son imagination et ses compétences techniques.

Elle participe à de nombreuses expositions dans différents espaces, dont, entre autres, précédemment à l’Orangerie de la propriété Caillebotte, à Yerres, et maintenant du 22 février au 1er mars 2020 dans le cadre de Manifestampe – Fédération nationale de l’estampe, au 5 rue Pierre Sémard, à Paris.

Une vue générale de l’exposition. (Cl. Geneviève Boch)

Cette dernière exposition ayant pour titre « En-deçà » fait cette fois référence à une expérience personnelle et originale qu’elle raconte par l’intermédiaire de ses monotypes, créés en multipliant les techniques d’estampes à partir de gravures sur des matrices de consistances et de natures variées, et réalisés sur des papiers de types tout aussi diversifiés.

Elle a communiqué sur les réseaux sociaux pendant plus de deux ans avec un poète à la recherche d’échanges artistiques. Si nous partageons souvent avec Baudelaire le sentiment que les différents arts se répondent, leur dialogue permet à chaque artiste de porter un autre regard sur sa propre création et fait évoluer cette dernière vers des voies nouvelles. Cette exposition est née des échanges entre un poète fasciné par la beauté et la variété des galets ramassés dans sa région et une graveuse en recherche continuelle, qui, après avoir communiqué sur la toile de manière épistolaire, se sont rencontrés un été près de Hauterives, sur les chemins caillouteux du Facteur Cheval.

Une autre vue de l’exposition. (Cl. Geneviève Boch)

Elle nous présente des pierres fossiles glanées par le poète et associées à ses photographies révélant l’âme de sa région, et des zincs cabossés, des petites plaques métalliques gravées et des monotypes réalisés par Véronique Mir-Nezan, fruits de la correspondance atypique entre une artiste plasticienne- graveuse et un écrivain.

Geneviève Boch

Embarquement immédiat

« Embarquement immédiat »
Gravures de Francis Capdeboscq
Galerie l’Échiquier
16 rue de l’Échiquier
75010 Paris
27 février au 3 avril 2020

 

Les mondes enchantés dans lesquels les eaux-fortes savamment travaillées de Francis Capdeboscq nous entraînent brouillent tous nos repères. Commençons le voyage : à l’Embarcadère nimbé d’une lumière blanche qui rend les noirs de l’aquatinte encore plus profonds, et presque inquiétants, tout semble d’un calme magnifique. De sorte qu’une fois parvenu à la Lisière d’une forêt qui pleure, lavée de toute présence humaine à l’exception d’un couple sortant d’un arbre et d’un château fondu dans les nuages, on s’attend presque à voir surgir à l’aube de ce premier jour le lièvre de Rimbaud qui, « aussitôt que l’idée de Déluge se fut rassise… dit sa prière à l’arc-en-ciel… ».

« Bosch 500 », Francis Capdeboscq, aquatinte, eau-forte (Cl. Galerie l’Échiquier)

C’est bien à une fête païenne que nous sommes conviés, dans des grottes d’avant l’histoire qui grouillent d’animaux et de personnages réunis pour des cérémonies secrètes, ou des crèches où on Aime les bêtes. Francis Capdeboscq qui prend soin de nous donner quelques indices, Bosch, Dante, pour notre périple à l’intérieur de ces contrées habitées par les mythes et les récits bibliques, a un côté satanique et malicieux. Son Bethléem au titre inversé où une foule aussi nombreuse qu’en enfer se presse, juchée à même le toit, pour assister à l’événement, montre tous les protagonistes— de l’âne au bœuf en passant par de drôles de rois mages— sauf le principal…

Dans cet univers mis sens dessus-dessous par une imagination artistique qui mêle à l’envi les époques, les fables et les traditions, des saynettes ravissantes, sortes d’intermèdes, nous sont proposées, comme ces Jeunes voyageurs en tapis volant, ou ce charmant damoiseau vêtu de gris léger et tout droit sorti de la poésie courtoise : Je rêve de mains. Sans doute de mains virtuoses qui s’apprêtent à faire chanter les noirs et les blancs de nos songes les plus infernaux avec de douces morsures.

Laurence Paton

(avec l’aimable autorisation de la galerie de l’Échiquier)

Estampes à l’Openbach

Éditions Leizorovici
Galerie Openbach
8 rue Jean-Sébastien Bach
75013 Paris
du 19 au 23 février 2020

Il y a des lieux atypiques qu’il faut découvrir par soi-même tant ils ne bruissent pas dans les grands médias d’information. La galerie Openbach située dans le treizième arrondissement de Paris, dans sa partie réaménagée pendant les années soixante-dix, est de ceux-là. Depuis 2016, dans une bâtisse à deux étages des années cinquante et conservée telle quelle mais embellie de fresques murales, grâce au soutien du bailleur social Hénéo, l’association « Les interactions créatives » a créé et continue d’animer une galerie d’exposition et des résidences artistiques pluridisciplinaires. Dans cette longue galerie parallélépipédique, au faux-plafond très bas, dont une de ses plus longues faces est totalement vitrée, l’association accueille, sur un rythme ambitieux et soutenu, une exposition artistique par semaine. En ce début d’année, après la photographie, ce fut le tour de l’estampe avec un projet franco-canadien de l’Atelier des Lilas, puis, du 19 au 23 février 2020, les estampes éditées par la galerie Leizorovici.

Une partie du mur de fond (Cl. Claude Bureau)

Cette galerie dans ce lieu atypique est elle aussi atypique. En effet, elle ne possède ni de pas de porte ni de devanture cependant elle expose ses éditions d’estampes par Internet, sur des stands de salons ou différents lieux comme celui de l’Openbach. Une galerie nomade et virtuelle en quelque sorte. Sa principale originalité est de pratiquer exclusivement l’édition d’estampes qu’elle commercialise depuis onze ans. Au début, Daniel Leizorovici, après le choix réciproque de l’artiste, éditait pour son compte la totalité du tirage. Depuis, il pratique avec les artistes qu’il édite, une édition partagée à cinquante-cinquante sur le tirage défini préalablement et vendu au même prix par l’éditeur ou l’artiste. L’artiste édité peut être un stampassin première main ou un plasticien qui pratique occasionnellement l’estampe. Ainsi, au cours des années, la galerie s’est-elle constitué un fonds d’estampes d’artistes contemporains très varié.

La partie gauche de la galerie (Cl. Claude Bureau)

À l’Openbach était donc accrochée sur les trois murs de la galerie une partie de ce fonds. La première édition de la galerie, celle du grand nu double de Diana Quinby, les troncs d’Adam et Ève sans doute, occupait le mur de droite. Puis, sur la face longue, le projet de statuaire de Maximilian Pelzmann San Sebastian ; une jungle de traits rouges d’Awena Cozannet : de Muriel Moreau, le positif et le négatif ponctués de minuscules éléments graphiques de bêtes et végétaux : un rouge rameau sur une sorte de tissu de Frédérique Lucien :deux personnages dansant ou luttant d’Arnaud Franc : les très élégantes striures doucement colorées sur un papier diaphane de Maëlle Labussière ; une lithographie bleue d’Alice Gauthier ; parmi les compositions orthogonales de Renaud Allirand, dans le dièdre de gauche deux petits formats sur fond jaune griffés d’écriture cunéiforme et, enfin, pour conclure, face au nu de Diana Quinby, de Bertrand Joliet, un visage qui se cache derrière un coude. L’Openbach, donc, une galerie atypique dont l’usage ne messied pas à l’estampe.

Claude Bureau