Noirs et Couleurs

« Noirs et couleurs »
La taille et le crayon
Fondation Taylor
1 rue La Bruyère 75009 Paris
4 au 27 octobre 2018

Ce mois d’octobre 2018, la Fondation Taylor à Paris se distingue et brille des couleurs d’artistes plasticiens notoires, tels les peintres, Esti Levy et Ljubomir Milinkov, et le sculpteur, Zheng Zhen Wei. Une belle découverte plurielle à faire, s’y ajoutant les noirs de l’une des grandes signatures de l’estampe : Nathalie Grall.

Nathalie Grall : « Le minois du minou »,
roulette électrique et burin sur chine appliqué (Cl. Gérard Robin)

Celle-ci offre au regard, sur les cimaises du rez-de-chaussée, un florilège de ses créations, des plus anciennes aux plus récentes, plus d’une trentaine de gravures, où excelle le burin, ici et là allié au diamant ou au berceau et au grattoir. De l’efflorescence de signes à des silhouettes élégantes et fluides, de « L’envolée de l’embellie » à « Le minois du minou », tout un imaginaire sensible qui chaque fois enchante. Ainsi qu’elle l’écrit : « Être graveur, c’est pour moi un moyen de capter les signes fugitifs de la vie et de les transcrire sur le cuivre ». Une gravure originale, qui porte sa griffe quelle que soit la diversité graphique des créations, et où elle est sans doute plus peintre que dessinatrice. Car ne dit-on pas qu’elle aime porter son dessin, directement sur le cuivre, à l’aide du pinceau et de la gouache, pour ensuite figer la spontanéité à l’outil de taille ?

Kiyoshi Hasegawa : xylogravures (Cl. Gérard Robin)

Ensuite, dans l’atelier, au quatrième étage, « Noirs et couleurs » sont un autre grand rendez-vous à ne pas manquer, proposé par « La taille et le crayon » et concocté par son nouveau président, Carlos Lopez, et son équipe. Sous ce titre même, autour d’un hommage à Kiyoshi Hasegawa, – présent au travers d’un bronze sculpté par Georges-Louis Guérard en 1973 -, et dont on découvre des gravures inédites en taille d’épargne de la période 1913-1932, six invités sont à découvrir ou redécouvrir.

Vue partielle de l’exposition (Cl. Gérard Robin)

Ainsi : Baptiste Fompeyrine, auteur de belles images colorées qui mettent en scène, – comme lui-même l’écrit -, les figures et les mystères qui peuplent ses jardins de souvenirs.
Didier Hamey, dont la pointe sèche génère, au travers du plexiglas initial, des scènes oniriques et surréalistes, toutes empreintes de poésie, où souvent flirtent ou s’épousent l’animal et le végétal.
Dominique Neyrod, touchée par la nature dans ses rythmes, ses structures et ses teintes, des perceptions qu’elle exprime avec vigueur, telle la peintre qui sommeille en elle, au travers des eaux-fortes au trait et de teinte.
Sylvain Salomovitz, dont les tailles d’épargne sont un peu à l’image de ses aquarelles, denses et fortes, et dont il maîtrise l’impression tant à la presse qu’au frotton et même à la cuillère.
Raúl Villulas, également adepte de la taille d’épargne, celle du bois de fil dont il ne refuse pas les défauts de structure, pour accompagner ou renforcer des évocations de caractère, où l’élément humain croise parfois des oiseaux à l’apparence hitchcockienne.
Suo Yuan Wang, orfèvre de cœur, qui transcrit son imaginaire en taille-douce, par l’eau-forte au trait et de teinte, cela dans une expression dynamique indéfinissable, sublimée par le noir ou le gris des fonds, dans des compositions qui semblent des méditations, que l’on imagine culturellement inspirées des fondements d’espace et de temps qui composent notre univers.

Gérard Robin

Un après-midi à Paris, de Mucha à Abeille…

Pour l’amateur d’estampes que je suis, ce 20 septembre fut marquant.

De Mucha

Alphonse Mucha
Musée du Luxembourg
75006 Paris
du 12 septembre 2018 au 27 janvier2019

La promenade commença au Musée du Luxembourg avec un parcours au fil de la vie d’Alphonse Mucha [1860-1939], cet artiste tchèque incomparable, prolifique et talentueux au possible, superbe dessinateur dont le style devint au début du XXe siècle synonyme de l’Art nouveau naissant. Concocté par le commissaire de l’exposition, Tomoko Sato, conservateur de la Fondation Mucha à Prague, on suit Mucha avec bonheur, au travers d’une belle scénographie, de sa bohème à Paris, où il rencontra Sarah Bernhardt, qui sera le sujet de sa première affiche lithographiée, – une création dont le style graphique bouleversera l’esthétisme de l’époque -. Et, on le découvrira : cosmopolite, mystique, patriote, artiste et philosophe. C’est là un portrait vraiment fascinant, illustré d’œuvres et de documents majeurs !

« Rêverie » [1897] – extrait
Alphonse Mucha
Lithographie

Et, de quitter le lieu, en particulier pour moi, – car il y a tant de choses à découvrir -, la tête pleine de lithographies où rayonne la femme, dans toute sa beauté et sa féminité. Du rêve à l’état pur…

à Abeille

Galerie Thomé
19 rue Mazarine
75006 Paris
du 20 septembre au 6 octobre 2018

Ensuite mes pas me conduisirent non loin, passée la place de l’Odéon, vers la rue Mazarine, avec en son milieu l’ouverture d’une nouvelle galerie : la Galerie Thomé, d’André et Bérengère Sinthomez. Pour l’inauguration, initiée avec le sculpteur et correspondant de l’Institut Gualtiero Busato, deux personnalités de l’art : le peintre Patrick Devreux et le sculpteur et académicien Claude Abeille, ce dernier y ajoutant… des gravures ! Si Claude Abeille présente des bronzes évocateurs sans doute de personnages en interrogation sur le réel, sous des formes aux élancements torturés et empreints d’une grande intériorisation, ses burins expriment picturalement une même force, évoquant dans leur état d’être ici « L’arpenteur », là « Le professeur », ou encore, ailleurs, un « Piano ». Une relation plastique symbiotique entre les trois et deux dimensions. Cette ouverture à la gravure, nouvelle dans l’esprit des galeristes, a trouvé un prolongement judicieux et remarquable dans l’invitation d’une troisième personnalité : Claude-Jean Darmon, correspondant de l’Institut, section gravure, et président de la gravure du Salon d’automne à Paris.

« L’Arpenteur »
Claude Abeille
Burin

Pour donner une vision très ouverte sur les « manières » de la gravure, Claude-Jean Darmon, orfèvre de la pointe sèche, – dont il tire élégamment une quintessence de vibrations subtiles -, s’était entouré de graveurs notoires, comme Yvonne Alexieff, avec ses évocations poétiques de la nature, mises en scène à l’eau-forte, au vernis mou, à l’aquatinte ou encore à la manière noire ; comme Carlos Lopez, nouveau président de l’association « La Taille et le Crayon », et qui, à l’eau-forte et sur Chine collé, traduit de belles transpositions de visions perçues de la baie d’un train en marche ; comme le bosniaque Safet Zec, brossant à l’eau-forte ou au vernis mou, rehaussés à la pointe sèche, des mains expressives, faites pour le travail ou la prière.

« Deux mains »
Zafet Zec
Vernis mou et pointe-sèche

Sans oublier, pour lui, au sous-sol voûté, et voisinant avec les œuvres d’Abeille, une grande gravure intitulée « Etreinte ». Au final un ensemble de treize gravures de qualité, pour celles en cimaises, offertes au regard du public. Encore merci à Claude-Jean Darmon pour le choix judicieux. Et, il est prévisible que, pour ses prochaines expositions, André Sinthomez ne se privera pas de joindre aux arts plastiques des « estampiers ».

Gérard Robin

Six ans de gravure

Jullien-Clément
Rétropective de six ans de gravure
24 août – 4 septembre 2018
Orangerie du Sénat, Paris.

Située sur la partie ouest du jardin du Luxembourg s’ouvre l’Orangerie du Sénat commandée par la régente Marie de Médicis, alors veuve de Henri IV,  lors de l’érection du Palais du Luxembourg, aujourd’hui siège du Sénat. Plusieurs orangeries se succédèrent au fil du temps. Le bâtiment présent, qui date de 1839, abrite aujourd’hui chaque hiver, sous d’amples verrières, plus de 200 plantes exotiques. L’été, celles-ci retrouvant place dans le jardin, le lieu accueille des expositions temporaires d’art contemporain, une initiative datant du XVIIIe siècle. Aucune lumière artificielle à l’intérieur pour éclairer les œuvres, seule la lumière naturelle, animée par le passage des nuages devant le soleil, donne une clarté environnante homogène des plus agréables.

Cette année, parmi les exposants, se trouve un graveur notoire d’origine marseillaise, monté spécialement du Var où il réside, pour présenter une rétrospective de six ans de gravure.
C’est Jean-François Jullien, dit Jullien-Clément. Habituellement, je consacre ma plume à des expositions de groupe, je fais cette fois une exception. À vrai dire, lorsque l’on parcourt ici les cimaises, où près de 70 œuvres s’offrent au regard, on y fait, côtoyant un ou deux autoportraits, la rencontre de personnalités incroyables, dans la cohabitation et le choix faits : Pascal, Dante, Nostradamus, Kafka, Goya, Don Quichotte ; sans oublier quelques musiciens : Pavarotti, Berlioz, Bach, Beethoven, Mozart, et même John Lennon…

« Confrontation aux quatre autoportraits »
(pointe sèche sur plexiglas)

de Jullien-Clément (Cl. Gérard Robin)

Donc beaucoup de monde traversant l’intimité intellectuelle de l’artiste, qu’évoque une gravure foisonnante et flamboyante où se croisent plusieurs techniques, de la taille-douce à la taille d’épargne, en particulier l’eau-forte sur zinc ou sur cuivre, agrémentée d’aquatinte et de roulette ; la pointe-sèche sur plexiglas ; et quelques linogravures. Ces personnages accompagnent une évocation estampière d’une grande richesse de pensée, alchimie picturale complexe mêlant gravité, souvent, et humour, où l’artiste se dévoile.

Une vue de l’exposition (Cl. Gérard Robin)

Il faut dire que Jullien-Clément, autodidacte d’une gravure qu’il a découverte il y a peu, – conformément au titre de sa rétrospective -, avait été auparavant, durant une quinzaine d’années, sculpteur et fondeur d’art. Il semble que ces techniques, qu’il affectionnait, se révélèrent cependant réductrices face à la dimension de son imaginaire et aux messages critiques ou oniriques qu’il souhaitait partager… Il ne pouvait tout exprimer en trois dimensions. Et l’estampe bidimensionnelle, avec le geste libre de la pointe, lui ouvrait d’autres champs de création mentale, bien plus amples et ouverts. Cela avec une verve que je qualifierais « hugolienne ».
Une gravure dense, à découvrir et à lire.

Gérard Robin

Saint-Mihiel : arts du livre

Première biennale des arts du livre
Saint-Mihiel 55300
du 8 au 24 juin 2018
www.afcel.fr

Étape souhaitée sur la future « Route du patrimoine écrit », un ambitieux projet porté par la région et la DRAC-Grand-Est, la ville de Saint-Mihiel, lovée dans la vallée de la Meuse, a plusieurs atouts, à commencer par la présence de l’abbaye bénédictine Saint-Michel, siège, entre autres, de l’Hôtel de ville, et qui renferme une bibliothèque remarquable, réunie par les Bénédictins du IXe siècle à la Révolution : près de 9 000 livres, dont 74 manuscrits et 86 incunables. Déjà, dans les années 1980, une première biennale du livre avait été organisée, qui perdurera durant deux décennies… D’où le désir actuel de renouer avec l’esprit de cet événement, en créant la BIAL ou « Biennale internationale des arts du livre (et de l’estampe) », à l’initiative de Jean-François Chassaing, président de l’AFCEL, l’Association française pour la connaissance de l’ex-libris, cela avec le soutien du maire, Xavier Cochet, et de la municipalité, s’y ajoutant le partenariat de l’Association des amis de la bibliothèque bénédictine.

La salle capitulaire de l’abbaye (C!. Gérard Robin)

Point d’orgue de la manifestation, dans la belle salle capitulaire, les eaux-fortes intemporelles, évocatrices d’architectures oniriques, du talentueux Gérard Trignac : « Le royaume des Immobilités Immortelles ». Des visions superbes et étranges, auxquelles ombres et lumières donnent un relief saisissant, qui ne sont pas sans laisser sourdre une certaine angoisse existentielle, voire une symbolique de vanité. Autre exposition intéressante, sise dans le cloître nord, en forme de cabinet de curiosités, couvrant les murs sans ouvertures, celle de gravures de deux collections privées, qui parcourent les siècles, du XVe au XXIe siècle, les plus anciennes marquées par le temps.

Le  cloître nord avec les collections privées (Cl. Gérard Robin)

Et puis, il y a les ex-libris, issus d’un concours international sur un thème double : « Armistice », pour les artistes de l’estampe, et « Paix », pour les scolaires. Une réussite pour le premier, puisque 128 artistes, provenant de 24 pays, ont répondu, pour un total de 211 ex-libris. Le tout masquant un mur de la salle des mariages.  Présentation qui mériterait un espace plus ample de cimaises pour mettre mieux en valeur les « vignettes ». Quatre prix furent attribués dans chaque catégorie, un choix bien difficile, compte tenu de la qualité générale des créations. Pour « Armistice », le premier prix fut décerné par la ville de Saint-Mihiel à un nouveau venu en gravure : Gildas Menier, fils de Nadejda, avec une belle manière noire au nom de sa mère, qui montre que l’acquisition du talent et du savoir-faire peuvent relever parfois du domaine de la génétique ; le deuxième, au nom de l’AFCEL, honora l’Allemand Josef Werner, pour son « Armistice 1918 » ; le troisième, dû aux Amis de la bibliothèque bénédictine, récompensa la buriniste Hélène Nué pour son « Printemps 1919 » ; et, le quatrième, sélectionné par le Géant des Beaux-Arts, mit en lumière un artiste japonais, Suenaga Motoko. Quant à « Paix », auquel tous les collèges de la Meuse étaient conviés, un seul répondit à l’appel : « Les avrils de Saint-Mihiel », avec des élèves de troisième, proposant au travers de techniques graphiques diverses quelques 25 œuvres fort attachantes…

La présentation des ex-libris du concours (Cl. Gérard Robin)

Hors le palais abbatial, dans la salle multisports voisine, eut lieu du 8 au 10 juin 2018 une exposition animée de démonstrations, avec la présence d’artistes comme Pavel Hlavaty, Claire Illouz, Silvana Martignoni, Nadejda, Hélène Nué, et d’artisans d’art, dont Michel Méchin, de l’association la Typographie d’antan ; Didier Manonviller, des Ateliers Moret et sa presse taille-douce ; Tom Borocco et Mathieu Bœglen, du Conservatoire des arts et techniques graphiques, et leur « bête à cornes »… Signalons aussi, à l’Office de tourisme, agrémenté de quelques gravures anciennes malheureusement un peu mises à l’écart, – dont la très belle « Sainte Face » de Claude Mellan -, la programmation de films de la série « Impressions Fortes », réalisés par Bertrand Renaudineau et Gérard-Emmanuel da Silva, sous les conseils de Maxime Préaud, et d’une conférence : « Quid de l’ex-libris et des techniques d’estampe ».

Donc une manifestation marquante, cependant en manque d’informations dans les offices de tourisme de Lorraine, de Vaucouleurs à Nancy ou Metz. Une impression globale qui pourrait être considérée, selon la terminologie du graveur,  comme un « état », déjà fort estimable mais à parfaire, augurant d’un cycle de biennales à venir qui seront à découvrir à tout prix.

Pour de plus amples informations sur cet événement marquant, se référer aux catalogues 2018 de l’AFCEL : « Connaissance de l’ex-libris » n° 20 (pour la BIAL), et n° 21 (pour le concours et les œuvres).

Gérard Robin

Château-musée de Nemours

« Bords du Loing et forêt de Fontainebleau, un rendez-vous d’artistes (1850-1914) »
Château-musée de Nemours (77140)
19 mai 2018 – 10 mars 2019
www.nemours.fr/culture-et-sport/le-chateau-musee

Un château devenu musée…

Datant du XIIe siècle, le château médiéval de Nemours fut édifié sur une berge de la rivière du Loing, pour en contrôler un gué alors important. Cédant plus tard son rôle de place forte et de résidence seigneuriale à un siège de bailliage avec prison (1674-1796), le lieu eut divers usages. Mais il se dégradera jusqu’à être menacé de démolition. Acquis par la Commune au début du XIXe siècle, la bâtisse trouva finalement sa survie et une raison d’être dans un projet de musée, lancé et mené à bien par des personnalités locales, tels le sculpteur Justin-Chrysostome Sanson (1833-1910), le peintre paysagiste Ernest Marché (1864-1932) et le maître-imprimeur taille-douce Adolphe Ardail (1835-1911), qui en fut le premier conservateur.

Un personnage charismatique, « tireur » de cuivre dans la maison Salmon-Porcabeuf (rue Saint-Jacques à Paris), apprécié pour son goût de la belle épreuve et son habilité d’imprimeur : il excellait notamment dans l’art du retroussage, peu pratiqué alors, et apte à donner une certaine suavité au trait. Son aura fut grande : « Être imprimé par Ardail, ou ne pas l’être du tout », disaient les artistes de cette époque, ainsi que le rapporta le collectionneur et écrivain d’art Henri Béraldi (1849-1931) dans Les graveurs du XIXe siècle, guide de l’amateur d’estampes modernes (1892). Une grande exposition lui fut d’ailleurs consacrée en 2011 et 2012, sous le titre : « Ardail, Père & Fils, graveurs et collectionneurs au XIXe siècle ».

…où l’estampe a sa part

Le Château-musée possède une grande collection de pièces diverses, dont un important fond d’estampes (3 000 pièces, allant du XVe au XXe siècle), fruit en partie de dons d’Adolphe Ardail, de son fils, et de Loÿs Delteil, célèbre critique d’art et expert parisien, et d’enrichissements ultérieurs. Aujourd’hui, sous la direction d’Arnaud Valdenaire, et de Julie Jousset, chargée des collections, le château-musée présente une exposition qui met en valeur les paysages de la région, et intitulée : « Bords du Loing et forêt de Fontainebleau, un rendez-vous d’artistes (1850-1914) ». Huiles sur toile, bois ou carton, gouaches et aquarelles sur papier, forment une grande part de l’exposition, mais les amateurs d’estampes ne sont pas oubliés, et seront ravis de découvrir un certain nombre d’œuvres gravées et lithographiées, pour la majorité originales.

Arthur Heseltine – « Château de Nemours »
(Cl. Gérard Robin)

Il restera à franchir les 22 marches d’un perron monumental, pour accéder au seuil de la petite porte d’entrée et pénétrer dans le lieu, certes un peu austère en regard de son origine médiévale, mais habillé de cimaises, bien documentées, rendant conviviale et instructive la visite, qui nous plonge au cœur de la forêt bellifontaine. Un petit escalier à vis, dans l’une des tours, donne accès à l’étage supérieur où l’exposition se poursuit avec une découverte des bords du Loing.

Fernande Sadler – « Vieux pont de Châlette-sur-Loing »
(Cl. Gérard Robin)

L’essentiel pour nous est bien sûr la présence d’estampes, au travers d’œuvres d’artistes du passé, paysagistes et, pour l’un, animalier, qui se rattachent à l’école de Barbizon, et qui permet d’apprécier la grande maîtrise de leurs « manières » et leur talent. On y découvre les signatures, pour l’eau-forte de : Eugène Béjot (1867-1931), Eugène Bléry (1805-1887), le Suisse Karl Bodmer (1809-1893), la Suédoise Emma Löwstädt Chadwick (1855-1931), Francine Christophe (active seconde moitié du XIXe siècle), Eugène Couvignac (actif seconde moitié du XIXe siècle), Léopold Desbrosses (1821-1908), Paul Dujardin (1843-1913), Paul Girardet (1821-1893), l’Anglais Arthur Joe Heseltine (1855-1930), Charles Jacque (1813-1894), Tristan Lacroix (1849-1914), Auguste Lepère (1849-1918), Joseph Lesage (1884-1918), Fernande Sadler (1869-1949), Georg Schlumberger (1807–1862) et Jules Jacques Veyrassat (1828-1893) ; et, pour la lithographie, les signatures de : Eugène Cicéri (1813-1890), Charles Fichot (1817-1904), Henri Le Sidaner (1862-1939) et Hector Martin (1825-1846).

Karl Bodmer – « Forêt de Fontainebleau »
(Cl. Gérard Robin)

Un lieu de caractère, et une exposition à découvrir qui met en valeur de remarquables sites paysagers de cette région pittoresque du sud Seine & Marne, et présente… de la belle estampe !

Gérard Robin

Fête de l’estampe au château de Grouchy.

Exposition
du 12 au 26 mai 2018
Château de Grouchy
95520 Osny, (Val d’Oise)


Une des salles d’exposition (Cl. G. Robin)

À l’invitation du Cadratin de Jouy et de son président Guy Le Breton, nous voici au château de Grouchy, l’Hôtel de ville, où l’on fête, avec un peu d’avance, la Fête de l’estampe, la manifestation se clôturant, à dessein, le 26 mai, jour de la promulgation de l’Édit royal de Saint-Jean de Luz. Et, c’est une belle surprise que de découvrir toutes les salles, certaines voûtées au rez-de-chaussée de la grande bâtisse, en écrin à de nombreuses cimaises porteuses d’estampes.

La progression du Cadratin de Jouy est à noter car exemplaire : elle passe, sauf erreur, de 9 artistes exposés en 2014, à une cinquantaine en 2018. Et, donc de féliciter, pour tout le travail réalisé, les maîtres d’œuvres du salon : Adam Zydzik et Maurice Czarnecki. Le maire d’Osny, Jean-Michel Levesque, qui a proposé tout l’espace aux deux acolytes, les remercia d’ailleurs vivement lors du vernissage, avant d’inviter les artistes à se placer sur le grand escalier intérieur du hall d’entrée, pour la photo souvenir. Un prélude au buffet copieux auquel on nous convie, tandis que deux musiciens coloraient l’atmosphère du chant de leurs instruments, clarinette, guitare ou banjo. Sans oublier ce chant que les membres du Cadratin, un verre à la main, entonnèrent au cours du cocktail, une cantate chère aux imprimeurs-typographes d’hier :  » À la… À la… À la… À la santé du confrère, Qui nous régal’aujourd’hui.…” Beaucoup de chaleur, donc, à ce rendez-vous !

Et, la belle estampe était là, qui incitait à parcourir les salles, y rencontrer un ami ou une amie artiste, et surtout se rassasier d’estampes, mets visuels d’originalité et de talent.


Joël Roche, burin « Génération de polyèdres » (Cl. G. Robin)

En cimaises, accompagnant un hommage à Joël Roche (1939-2014) et à Daniel Boillet (qui fut élève du maître-graveur Jean-Marcel Bertrand), et entourant de grands disparus, Alfredo Müller (1869-1939) et Théophile Alexandre Steinlen (1859-1923), les signatures d’artistes que nous connaissons bien et celles d’autres à découvrir : Dominique Aliadière, Odile Baduel, Consuelo Barbosa, Hélène Baumel, Muriel Baumgartner, Julie Benameur, Régine Bertin-Bisson, Pascale Braude, Guy Braun, Jack Brisset, Christine Cavellec, Lisz Chaduc, Anick Chenu, Jean-Pierre David, Guillaume Desnoyers, Paola Didong, José-Luis Giambroni, Lucien Gondret, Miyako Ito, J.Dann, Michèle Joffrion, Brigitte Kernaléguen, E.M. Khindelvert, Michel Lenormand, Judikaël, Abderrahmane Mada, Silvia Minasian, Claude Montagne, Loula Morin, Anne Mounic, Akémi Noguchi, Marie-Sol et Titi Parant, Michèle Pellevillain, Brigitte Pérol-Schneider, Jean-Paul Pialat, Rem, Véronique Roche, Lynn Shaler, Vitali Skvorkin, Jean-Christophe Sylvos, Megumi Terao. Marc Valantin, Bernard Vercruyce et Sophie Villoutreix Brajeux.


Une autre salle d’exposition (Cl. G. Robin)

Au final, une fête qui fera date au château de Grouchy. Et, une belle carte de visite pour le Cadratin qui, à Jouy-le-Moutier (95), propose au public son « atelier vivant d’Arts graphiques », avec au programme « visites, initiation ou perfectionnement ».

Gérard Robin

L’Art animalier

Douzième Biennale « L’Art animalier »
Du 17 au 25 mars 2018
Centre culturel
9, rue du Clos Saint-Jean
77140 Saint-Pierre lès Nemours.

Depuis plus de vingt ans, l’association « Le Point du Jour », créée à Saint-Pierre lès Nemours en décembre 1997 et présidée par Gilles Billault, s’est donné pour but de promouvoir les arts plastiques dans le sud de la Seine-et-Marne. Une manifestation double, sous forme de biennales en alternance : « L’Art animalier » et « L’Art et la Matière ». Une époque où l’estampe était relativement méconnue dans la région, objet même, parfois, de confusions avec l’imprimé industriel ! En responsabilité au Conseil municipal de l’information-culture, j’avais alors eu l’opportunité, en 1999, d’y proposer l’estampe. Deux prix avaient alors récompensé la gravure, dont le Grand Prix de la Ville, institué sous l’impulsion du maire Michel Verhaeghe. La gravure était alors une révélation pour beaucoup ! Depuis, l’estampe est toujours présente dans les divers salons du « Point du Jour » qui ont accueilli un certain nombre d’artistes de renom.

À l’affiche en 2018, l’art animalier accueillait pour sa douzième biennale des artistes de qualité, comme : Danielle Burgart, à l’imaginaire foisonnant de visions parfois allégoriques de la faune sauvage, et où le dessin encré donne naissance à de beaux monotypes à l’esthétique vigoureuse ; Jean-Pierre David, chantre de la gravure sur plexiglas, mais où la représentation animalière inspirée, finement traduite dans des scènes souvent improbables, est marquée d’humour ou de tendresse ; Isabelle Panaud, où le regard entomologiste, principalement des littoraux de mer ou de marécages, s’enrichit des subtilités de l’héliogravure, ou de l’eau-forte dans une belle expression qui relie le trait et la teinte ; Véronique Sustrac, aquarelliste-graveure, qui allie avec sensibilité les effets des pigments ou des encres pour créer un univers musical en forme de partitions visuelles vibrantes ; enfin Serge Terzakian, qui délaissa la lithographie pour la gravure, où il excelle désormais, exprimant son intériorité dans des tailles évocatrices de sa volonté d’offrir au public au travers de ses visions émotives, ‒ comme il le dit souvent ‒, une « part de rêve ».

Vue des estampes de Jean-Pierre David
(Cl. Gérard Robin)

Mais un tel salon généraliste, où les couleurs et l’importance des peintures peuvent se heurter aux teintes moins agressives des estampes et à leur graphisme généralement plus discret, peut offrir un voisinage parfois difficile.
Pas toujours cependant, la suite devait le confirmer.

Dans cet opus 2018, accompagnant le Grand Prix de la Ville, offert par le maire actuel Bernard Rodier, plusieurs prix furent décernés lors du vernissage, certains par les représentants de municipalités voisines, mais aussi trois, choix d’un jury de six personnalités (dont il est à remarquer que, sauf erreur, n’y figurait aucun représentant de la gravure). Pour chacune d’elles, un choix difficile, étant donné le haut niveau général des autres œuvres plastiques présentes, peinture et sculpture.

Vue des estampes de Véronique Sustrac
(Cl. Gérard Robin)

Et là, il faut dire que le jury est tombé sous le charme, puisque ces trois prix, dotés par des entités locales, ont été attribués à des graveurs. Ainsi furent récompensés le Bordelais Jean-Pierre David et les Franciliennes Isabelle Panaud et Véronique Sustrac, cette dernière plus particulièrement au travers de ses aquarelles. S’ajoutaient à ces distinctions des médailles prestigieuses, offertes par des personnalités habilitées, respectivement : le Sénat, le Conseil départemental et l’Assemblée nationale.

À signaler qu’à chaque week-end, entre autres animations, des démonstrations d’impressions sur presse à taille-douce sont proposées par Isabelle Panaud et Serge Terzakian.

Gérard Robin

Art & matière

Quarante-troisième Salon Art & Matière
dans le département de l’Essonne
du 27 janvier au 4 février 2018

Abderrahmane Mada, « Le bruissement des oliviers », aquatinte
(Cl. A. Mada)

L’originalité de ce salon d’art généraliste, créé en mai 1975 dans l’Essonne par le peintre Marcel Neveu, est d’exposer chaque discipline artistique en un lieu différent : du Centre culturel Robert Dumas, de Maisse, à des salles polyvalentes de diverses communes avoisinantes : Boigneville, Prunay-sur-Essonne, Vayres-sur-Essonne, et Gironville-sur-Essonne, cette dernière dévolue en partie à l’estampe. Tout cela est sympathique et apporte sa touche culturelle colorée à l’animation locale, mettant de surcroît la gravure en lumière. Si elle n’est pas seule en ce lieu, sa coexistence avec les métiers d’art se fait en totale harmonie. La présidente actuelle, Caroline Delépine, graveure de son état, y fera des démonstrations, le samedi 3 février à partir de 14h30.
L’invitée d’honneur est, cette année, Jean Lodge et ses superbes gravures sur bois, dont Caroline écrit qu’elle « superpose des visions boisées de visages comme dans un rêve ».

Yves Marchaux, « La fenêtre », taille d’épargne au burin sur cuivre
(Cl. Y. Marchaux)

Sur les cimaises, sont exposées des œuvres d’estampiers comme Hélène Bautista, Yves Bucas-Français, Sophie Cordey, bien sûr Caroline, François Dubois, Sylvie Dujoncquoy, Abderrahmane Mada, créateur d’aquatintes pleines de force, et Yves Marchaux, auteur de belles tailles d’épargne au burin sur cuivre, ce qui est peu habituel.
Certains de ces artistes me sont moins connus, mais ce fut l’occasion de les découvrir.

Gérard Robin

 

Rendez-vous à la Fondation Taylor

Fondation Taylor
1 rue La Bruyère 75009 Paris
du 4 au 27 janvier 2018

André Bongibault, « Énergie »,
burin, aquatinte et manière noire (Cl. G. Robin)

Qui ne connaît la Fondation Taylor, cet ancien hôtel particulier situé à Paris , à quelques pas de la place Saint-Georges ? On sait que, dès 1844, le baron Isidore Taylor, personnalité atypique de l’époque, homme de culture, auteur dramatique puis mécène, créa une association d’entraide pour les artistes peintres, sculpteurs, architectes, graveurs et dessinateurs. Et c’est ici en 1949, suite à un legs du peintre Albert Maignan, qui en fut le président de 1905 à 1908, que la fondation s’installa.

Aujourd’hui encore, sous la houlette du président Jean-François Larrieu, en fonction depuis mai 2010, la fondation continue à soutenir les artistes, à organiser ou recevoir des expositions, sur ses 250 m2 de surface dédiée, et à révéler des talents en décernant chaque année nombre de prix.

Fait exceptionnel, ce jeudi 11 janvier 2018, le lieu, dans ses locaux rénovés qui en fond un superbe écrin de présentation, était entièrement dévolu à la gravure, avec deux manifestations de grande qualité.

Trois lauréats à l’honneur

Hélène Damville « Sans titre« , burin et aquatinte (Cl. G. Robin)

Aux rez-de-chaussée et sous-sol, trois lauréats de la fondation : André Bongibault, l’une des grande signatures de la gravure actuelle, grand prix Léon-Georges Baudry 2016, destiné à honorer un artiste « d’un réel talent figuratif pour la qualité de l’ensemble de son œuvre » ; Hélène Damville, prix Jean Asselbergs 2017, dédié à un(e) jeune artiste ; Carole Texier, prix Paul Gonnand 2017, décerné à un(e) buriniste. Un trio d’excellence au rendez-vous !

Carole Texier « Humains 4« , burin (Cl. G. Robin)

Pour André Bongibault, qui s’adonne aussi à l’œuvre peinte, la gravure est une véritable symphonie picturale, où aquatinte, manière noire et burin sont les révélateurs d’une énergie visuelle et mentale exceptionnelle, reflétant une pensée profonde, empreinte de philosophie orientale. Pour Hélène Damville, marquée par la pratique du dessin et de la peinture dans les laboratoires d’anatomie comparée du Muséum d’Histoire naturelle de Paris, la gravure est l’expression rebelle de visions fortes, peut-être en blessures qu’elle sculpte avec vigueur dans le bois, le lino ou le métal, pour exprimer, – après des visions végétales torturées -, gueules cassées et danses macabres. Quant à Carole Texier, chantre de la taille directe sur lino et métal, elle évoque sur la teinte claire du papier japon, ici en traits d’encre au noir intense, là en lignes fines enserrant des teintes légères, des silhouettes désincarnées de Humains ou Signica, mais évocatrices, dans des postures figées ou en mouvement, d’une pensée complexe et d’une grande richesse ouverte à l’interprétation de chacun.

La Taille et le Crayon

Dans l’atelier, à l’étage supérieur, une autre exposition fera date, pour deux raisons : la seconde étant le salon annuel – le 15e – d’une grande association de défense et de promotion de l’art : La Taille et le Crayon, fondée en octobre 2000 par un groupe de graveurs, d’amateurs et de critiques d’art, présidée par Claude Bouret, vice-président de Taylor et conservateur en chef honoraire à la BnF, pour « mettre en valeur la richesse des rapports créatifs entre les techniques du dessin et les procédés de gravure ». La première étant le titre de l’exposition, provoquant à souhait, car faisant fi, encore plus qu’au rez-de-chaussée, de la parité ! : Femmes graveurs – Femmes gravées. Mais ne nous plaignons pas, la qualité est là encore au rendez-vous.

Christine Gendre-Bergère , »Autoportrait« ,
pointe sèche (Cl. G. Robin)

Autour de l’invitée d’honneur, Christine Gendre-Bergère, qui a représenté en une douzaine de grandes eaux-fortes verticales (93 cm de haut, en trois plaques !) plusieurs de ses consœurs graveures en action, des artistes dont les noms sonnent dans nombre de salons et nous interpellent, plusieurs autres graveuses avaient été invitée. Thérèse Boucraut, qui s’adonne magistralement à l’autoportrait ; Sylviane Canini, dont les représentations humaines, suggérées ou ébauchées, laissent libre cours à l’imaginaire de chaque spectateur ; France Dumas, qui croque à loisir les temps forts de ses rencontres et s’en nourrit pour alimenter des eaux-fortes, qui « sont les traces d’un moment, d’un visage, d’un spectacle, d’une émotion » ; Marie Guillet, qui utilise diverses manières de la taille-douce pour mettre en scène des personnages esquissés, dans des ambiances en lavis ; Véronique Laurent-Denieuil enfin, qui scrute le visage pour en capter, au travers de sa manière préférée – l’aquatinte au sucre -, les émotions fugitives, la fragilité d’intériorités et la force de regards qui souvent se dérobent à celui, inquisiteur, du témoin de passage.

Toutes ces « estampières » sont dans une diversité d’expression qui démontre, s’il en était encore besoin, l’étendue du registre créatif de la gravure, et bien sûr, une présence qui porte haut l’expression picturale de l’estampe.

Gérard Robin

La gravure au Salon de la SNBA

Salon des Beaux-Arts de la SNBA
7 au 10 décembre 2017
Salles du Carrousel du Louvre, Paris

Le jeudi 7 décembre 2017, au Carrousel du Louvre, avait lieu le vernissage du Salon des Beaux-Arts de la SNBA, la Société Nationale des Beaux-Arts.

Pour la découvrir, après avoir longé les vestiges cyclopéens de l’enceinte de Charles V, où les pierres anciennes brillaient de phrases lumineuses à méditer, en reflet dans des brillances du sol minéral, il fallait emprunter un large couloir, avec ici un mur blanc animé de vidéos, et là les alcôves d’accueil, précédant l’ouverture sur les salles présentant les sections du salon : peinture, sculpture et photographie, mais aussi, au bout de ce large passage, des cimaises tapissées de noir portant en peine lumière les cadres des estampes. Un effet saisissant dès l’approche, superbe, en ouverture de la section gravure. Un espace qui se révèle idéal pour offrir sa sobriété au plaisir des regards avertis, mais aussi à la découverte d’un public, certes venu principalement voir les autres disciplines mais enclin à se retirer, de temps à autre, de l’exubérance plastique des formes et des couleurs qui décoraient les autres salles, jointe à l’effervescence de la foule qui s’y pressait. Cet univers « estampier », par contraste, apparaissait emprunt de sérénité, un lieu où il était agréable d’être, pour contempler à loisir, à des distances variables comme il se doit pour ces œuvres.

Une vue de la section gravure. Cl. Gérard Robin.

Mais qu’ajouter de cette présentation générale, sinon que la mise en éclairage était parfaite pour la quasi totalité des œuvres, avec, dans les hauteurs, des projecteurs directifs mais discrets, dont l’excès de lumière était absorbé par le noir des cimaises, une architecture des lieux ouverte et agréable, et un accrochage, concocté par la présidente Sophie Sirot, harmonieux et sans fausse note. Une harmonie pour mettre en lumière cette « musique » graphique, qui a franchit les siècles, de la Renaissance à aujourd’hui, et s’est enrichie en permanence au fil du temps…

Cette année, la section gravure présentait 22 artistes : Anne & Gilles, Hélène Baumel, Münevver Cillov, Jeanne Clauteaux-Rebillaud, Yoshiko Fujita, Marie-Laure Guéguen, Rania Homsy, Jean-François Jullien Clément, Véronique Laurent Dienieuil, Chunna Lin-Pointard, Bernard Mallet, Nadejda Menier, Jacques Meunier, Hélène Midol, Tsuzen Nakajima, Marianne de Nayer, Monique Olivier, Benjamin Parker, Julianna Salmon, Sophie Sirot, France Tessier, Jacques Thuillier.

Jullien Clément, « Ils s’invitent les soirs d’été »,
pointe sèche sur plexiglas, 43×30 cm. Cl. Gérard Robin.

En résumé, des artistes chantres d’un art qui brille de la richesse de « manières » propres à tout exprimer, et dont le président de la SNBA, Michel King, avait écrit à propos du salon 2016 :  « Les graveurs creusent les sillons du champ de leur monde intérieur et en estampent les reliefs, les creux, les plats, en empreinte sensible ».

Quelques soixante-dix œuvres, où le noir et blanc côtoie allégrement la couleur, étaient présentes, dans une belle diversité d’expressions, du figuratif à l’abstraction, d’où sourd le talent, fort des émotions qu’il donne en partage aux visiteurs.

Une autre vue de la section gravure. Cl. Gérard Robin.

On ne peut citer de nom particulier, car l’estampe a ceci que son originalité n’autorise pas la médiocrité. Donc, une fois encore, elle aura apporté son rayonnement propre, au sein de la grande famille des arts plastiques, par ailleurs brillamment représentée dans les diverses autres disciplines présentes au Carrousel du Louvre.

Gérard Robin