L’Art animalier

Douzième Biennale « L’Art animalier »
Du 17 au 25 mars 2018
Centre culturel
9, rue du Clos Saint-Jean
77140 Saint-Pierre lès Nemours.

Depuis plus de vingt ans, l’association « Le Point du Jour », créée à Saint-Pierre lès Nemours en décembre 1997 et présidée par Gilles Billault, s’est donné pour but de promouvoir les arts plastiques dans le sud de la Seine-et-Marne. Une manifestation double, sous forme de biennales en alternance : « L’Art animalier » et « L’Art et la Matière ». Une époque où l’estampe était relativement méconnue dans la région, objet même, parfois, de confusions avec l’imprimé industriel ! En responsabilité au Conseil municipal de l’information-culture, j’avais alors eu l’opportunité, en 1999, d’y proposer l’estampe. Deux prix avaient alors récompensé la gravure, dont le Grand Prix de la Ville, institué sous l’impulsion du maire Michel Verhaeghe. La gravure était alors une révélation pour beaucoup ! Depuis, l’estampe est toujours présente dans les divers salons du « Point du Jour » qui ont accueilli un certain nombre d’artistes de renom.

À l’affiche en 2018, l’art animalier accueillait pour sa douzième biennale des artistes de qualité, comme : Danielle Burgart, à l’imaginaire foisonnant de visions parfois allégoriques de la faune sauvage, et où le dessin encré donne naissance à de beaux monotypes à l’esthétique vigoureuse ; Jean-Pierre David, chantre de la gravure sur plexiglas, mais où la représentation animalière inspirée, finement traduite dans des scènes souvent improbables, est marquée d’humour ou de tendresse ; Isabelle Panaud, où le regard entomologiste, principalement des littoraux de mer ou de marécages, s’enrichit des subtilités de l’héliogravure, ou de l’eau-forte dans une belle expression qui relie le trait et la teinte ; Véronique Sustrac, aquarelliste-graveure, qui allie avec sensibilité les effets des pigments ou des encres pour créer un univers musical en forme de partitions visuelles vibrantes ; enfin Serge Terzakian, qui délaissa la lithographie pour la gravure, où il excelle désormais, exprimant son intériorité dans des tailles évocatrices de sa volonté d’offrir au public au travers de ses visions émotives, ‒ comme il le dit souvent ‒, une « part de rêve ».

Vue des estampes de Jean-Pierre David
(Cl. Gérard Robin)

Mais un tel salon généraliste, où les couleurs et l’importance des peintures peuvent se heurter aux teintes moins agressives des estampes et à leur graphisme généralement plus discret, peut offrir un voisinage parfois difficile.
Pas toujours cependant, la suite devait le confirmer.

Dans cet opus 2018, accompagnant le Grand Prix de la Ville, offert par le maire actuel Bernard Rodier, plusieurs prix furent décernés lors du vernissage, certains par les représentants de municipalités voisines, mais aussi trois, choix d’un jury de six personnalités (dont il est à remarquer que, sauf erreur, n’y figurait aucun représentant de la gravure). Pour chacune d’elles, un choix difficile, étant donné le haut niveau général des autres œuvres plastiques présentes, peinture et sculpture.

Vue des estampes de Véronique Sustrac
(Cl. Gérard Robin)

Et là, il faut dire que le jury est tombé sous le charme, puisque ces trois prix, dotés par des entités locales, ont été attribués à des graveurs. Ainsi furent récompensés le Bordelais Jean-Pierre David et les Franciliennes Isabelle Panaud et Véronique Sustrac, cette dernière plus particulièrement au travers de ses aquarelles. S’ajoutaient à ces distinctions des médailles prestigieuses, offertes par des personnalités habilitées, respectivement : le Sénat, le Conseil départemental et l’Assemblée nationale.

À signaler qu’à chaque week-end, entre autres animations, des démonstrations d’impressions sur presse à taille-douce sont proposées par Isabelle Panaud et Serge Terzakian.

Gérard Robin

Seizième Biennale de Conflans

XVI° Biennale de Conflans Sainte-Honorine (95)
novembre 2017

Quinze artistes, et dix œuvres chacun, ce qui est très agréable car le visiteur peut réellement s’approcher de leur travail, raison pour laquelle cette biennale suscite à chaque fois une curiosité renouvelée. Toutes les techniques de l’estampe sont présentes, les thèmes et les univers personnels d’une très grande variété : objets oubliés du quotidien de D. Boxer, imaginaire fantastique de P. Vaquez, paysages endormis et luxuriants de J. de Nubes, interprétation personnelle et allégorique de textes poétiques iraniens anciens de S. Abélanet, rencontres improbables d’éléments maritimes ou urbains de P. Migné, danseurs en pleine action de C. Combaz, animaux et humains confrontés à leur identité et a partageant parfois… de S. Delahaut, abstractions rigoureuses de C. Laks, ou lyriques de S. Marzin. Impossible de tout citer mais de cet ensemble, l’art de l’estampe ressort vivifié : il peut tout faire, tout dire, tout évoquer.

« La quête des oiseaux » de Sylvie Abelanet, eau-forte, 50×65 cm
(Cl. Christine Moissinac)

Christine Moissinac

Rédiger son propre catalogue raisonné

Le samedi 10 mars 2018, dans le cadre de son assemblée générale annuelle, Manifestampe a organisé une causerie-débat ouverte au public, intitulée « Rédiger son propre catalogue raisonné. »

Devant près d’une centaine de personnes, Maxime Préaud, ancien conservateur au Département des estampes de la Bibliothèque nationale de France, président honoraire de Manifestampe depuis 2016, a offert aux adhérents et au public venu en curieux un beau moment de partage.

La thématique, qui concerne d’abord les artistes, touche aussi les familles d’artistes, les historiens de l’art et ceux qui s’intéressent de près à l’estampe.

Dans un style direct teinté de beaucoup d’humour, Maxime Préaud a expliqué la différence entre un inventaire, un catalogue d’exposition et un catalogue raisonné. Il a invité les artistes à prendre de bonnes habitudes, noter et recueillir tout ce qui se rapporte à la création de leur œuvre au fil du temps.

L’assistance a manifestement beaucoup apprécié les conseils apportés et l’a sollicité de plusieurs questions. Elles ont donné lieu à des réponses utiles et précises, pimentées de jeux de mots et de traits d’humour auquel le public s’est lui-même volontiers prêté sur ce sujet bien sérieux.

Texte de la causerie-débat de Maxime Préaud

Rédiger son propre catalogue raisonné est comme écrire son journal d’artiste, mettre un peu d’ordre et de raison dans ses activités artistiques, préparer l’enrichissement de ses futurs souvenirs.

Le catalogue raisonné peut en partie se définir par ce qu’il n’est pas. Il n’est pas une simple liste comme celle des courses que l’on fait au marché. Il n’est pas l’inventaire d’une collection, donc limité à cette réunion de documents et à l’espace qui la contient, encore que cet inventaire puisse être fait avec raison. Il n’est pas non plus un inventaire dressé par un notaire après un décès, décrivant les objets au fur et à mesure de leur apparition. Il n’est pas un catalogue qui se contenterait de brèves descriptions cliniques, même accompagnées d’images comme le Liber veritatis de Claude Lorrain.

Il n’est pas non plus un catalogue d’exposition, où sont sélectionnées dans un but particulier un certain nombre d’œuvres, lesquelles sont ou devraient être accompagnées d’un commentaire, lequel serait sûrement plus intelligent s’il existait un catalogue raisonné des œuvres considérées.

Le catalogue raisonné est plus que tout ce que je viens de décrire à la fois. Il est une accumulation où se mêlent les informations techniques et précises sur les œuvres et leur fabrication avec les sentiments et les faits à l’origine de leur création : les lieux, les histoires entendues, les conversations, les textes qui les ont inspirées, aussi bien que les premières pensées, les dessins préparatoires, les photographies, les coupures de journaux, les travaux des autres. Puis la description des différentes opérations qui ont mené à l’œuvre, les épreuves d’état, les épreuves d’essai, le tout réuni estampe par estampe en un dossier semblable au dossier d’une affaire criminelle. Et toutes ces informations sont classées de façon à s’insérer rationnellement dans un ensemble organisé.

Maxime Préaud pendant son intervention
(Cl. Marianne Durand-Lacaze)

Certains pensent et même disent : « Moi, ce qui m’intéresse c’est le moment présent, la création d’aujourd’hui, du passé faisons table rase, hier n’a pas d’importance », et c’est vrai peut-être, jusqu’au moment où, un peu plus âgé, un peu trop actif, on commence à mélanger les souvenirs et ne plus être capable de répondre de façon précise à certaines questions.

Certains sont trop modestes pour croire mériter un catalogue personnel. Mais en l’occurrence il ne s’agit pas de mérite ni de gloire, mais de méditation sur sa propre existence.

Certains, et c’est peut-être la catégorie la plus nombreuse, sont simplement négligents : ils ne rangent rien, ne classent rien, ne retrouvent rien, comme si les œuvres auxquelles ils consacrent pourtant une bonne partie de leur existence, de l’énergie, et de l’argent (car on ne s’enrichit pas toujours en gravant) n’avaient finalement aucune importance à leurs propres yeux. Je trouve que c’est une insulte à la vie et à l’art.

Il est vrai qu’on s’imagine souvent, lorsqu’on est jeune, qu’on se souviendra de tout. L’expérience montre que ce n’est jamais vrai.

Et il faut en plus penser à sa femme ou à son mari, à ses enfants, à ses amis. Même un vieux célibataire grincheux peut avoir un ou quelques amis. Que vont-ils faire de cette pagaille que vous envisagez de laisser derrière vous ? Alors qu’un bon catalogue leur faciliterait la tâche, s’ils voulaient garder quelque mémoire de vous.

*

Rédiger le catalogue raisonné de l’œuvre de quelqu’un d’autre relève de la même logique et demande la même organisation. La grosse différence est que la source première des informations, c’est-à-dire l’artiste, est absente, et qu’il faut reconstituer l’ordre et l’organisation de la partie laborieuse de son existence. L’exercice commence par une description minutieuse de chaque estampe, et se continue par une recherche dans les fonds d’archives, familiales quand il s’agit d’un être proche (courrier, photographies, coupures de presse, cartons d’invitations, etc.) ou publiques (archives notariales, collections diverses, sources imprimées de diverses natures) s’il s’agit d’un artiste plus ancien.

Vous souhaitez aller plus loin sur le sujet ?
Pour comprendre à plusieurs comment « Mettre un peu d’ordre dans ce qui peut apparaître comme un désordre ? » aux yeux de l’artiste et de ses proches, Maxime Préaud organise des master-classes sur ce sujet, au siège de Manifestampe
(cliquez sur ce lien pour connaître les modalités d’inscription).

Marianne Durand-Lacaze

La suite Vollard

Jusqu’au 29 avril 2018
« Picasso La suite Vollard »
Centre d’art La Malmaison
06150 Cannes

Sous les traits virtuoses du dessin et du geste graveur, sans effet démonstratif de technique, Picasso offre des images de l’amour antique, du plaisir des corps, de la volupté, de la violence aussi. En regardant les gravures de la suite Vollard, nous succombons d’émotion devant tant de maîtrise et de désinvolture apparente d’un dessin vrai, juste, d’un artiste gourmand


L’affiche de l’exposition

La suite a été commandée en septembre 1930. Sa première gravure : Femme couronnée de fleurs aux jambes croisées ; la dernière gravure date de décembre 1934 : Harpie à tête de taureau et quatre petites filles sur une tour surmontée d’un drapeau noir. La suite est composée de 6 cycles pour un total de 97 gravures plus 3 aquatintes du Portrait d’Ambroise Vollard – hommage de Picasso à son éditeur. L’ensemble a été tiré par Roger Lacourière en 1937.

Dominique-Louis Heraud