Fête de l’estampe au château de Grouchy.

Exposition
du 12 au 26 mai 2018
Château de Grouchy
95520 Osny, (Val d’Oise)


Une des salles d’exposition (Cl. G. Robin)

À l’invitation du Cadratin de Jouy et de son président Guy Le Breton, nous voici au château de Grouchy, l’Hôtel de ville, où l’on fête, avec un peu d’avance, la Fête de l’estampe, la manifestation se clôturant, à dessein, le 26 mai, jour de la promulgation de l’Édit royal de Saint-Jean de Luz. Et, c’est une belle surprise que de découvrir toutes les salles, certaines voûtées au rez-de-chaussée de la grande bâtisse, en écrin à de nombreuses cimaises porteuses d’estampes.

La progression du Cadratin de Jouy est à noter car exemplaire : elle passe, sauf erreur, de 9 artistes exposés en 2014, à une cinquantaine en 2018. Et, donc de féliciter, pour tout le travail réalisé, les maîtres d’œuvres du salon : Adam Zydzik et Maurice Czarnecki. Le maire d’Osny, Jean-Michel Levesque, qui a proposé tout l’espace aux deux acolytes, les remercia d’ailleurs vivement lors du vernissage, avant d’inviter les artistes à se placer sur le grand escalier intérieur du hall d’entrée, pour la photo souvenir. Un prélude au buffet copieux auquel on nous convie, tandis que deux musiciens coloraient l’atmosphère du chant de leurs instruments, clarinette, guitare ou banjo. Sans oublier ce chant que les membres du Cadratin, un verre à la main, entonnèrent au cours du cocktail, une cantate chère aux imprimeurs-typographes d’hier :  » À la… À la… À la… À la santé du confrère, Qui nous régal’aujourd’hui.…” Beaucoup de chaleur, donc, à ce rendez-vous !

Et, la belle estampe était là, qui incitait à parcourir les salles, y rencontrer un ami ou une amie artiste, et surtout se rassasier d’estampes, mets visuels d’originalité et de talent.


Joël Roche, burin « Génération de polyèdres » (Cl. G. Robin)

En cimaises, accompagnant un hommage à Joël Roche (1939-2014) et à Daniel Boillet (qui fut élève du maître-graveur Jean-Marcel Bertrand), et entourant de grands disparus, Alfredo Müller (1869-1939) et Théophile Alexandre Steinlen (1859-1923), les signatures d’artistes que nous connaissons bien et celles d’autres à découvrir : Dominique Aliadière, Odile Baduel, Consuelo Barbosa, Hélène Baumel, Muriel Baumgartner, Julie Benameur, Régine Bertin-Bisson, Pascale Braude, Guy Braun, Jack Brisset, Christine Cavellec, Lisz Chaduc, Anick Chenu, Jean-Pierre David, Guillaume Desnoyers, Paola Didong, José-Luis Giambroni, Lucien Gondret, Miyako Ito, J.Dann, Michèle Joffrion, Brigitte Kernaléguen, E.M. Khindelvert, Michel Lenormand, Judikaël, Abderrahmane Mada, Silvia Minasian, Claude Montagne, Loula Morin, Anne Mounic, Akémi Noguchi, Marie-Sol et Titi Parant, Michèle Pellevillain, Brigitte Pérol-Schneider, Jean-Paul Pialat, Rem, Véronique Roche, Lynn Shaler, Vitali Skvorkin, Jean-Christophe Sylvos, Megumi Terao. Marc Valantin, Bernard Vercruyce et Sophie Villoutreix Brajeux.


Une autre salle d’exposition (Cl. G. Robin)

Au final, une fête qui fera date au château de Grouchy. Et, une belle carte de visite pour le Cadratin qui, à Jouy-le-Moutier (95), propose au public son « atelier vivant d’Arts graphiques », avec au programme « visites, initiation ou perfectionnement ».

Gérard Robin

L’Art animalier

Douzième Biennale « L’Art animalier »
Du 17 au 25 mars 2018
Centre culturel
9, rue du Clos Saint-Jean
77140 Saint-Pierre lès Nemours.

Depuis plus de vingt ans, l’association « Le Point du Jour », créée à Saint-Pierre lès Nemours en décembre 1997 et présidée par Gilles Billault, s’est donné pour but de promouvoir les arts plastiques dans le sud de la Seine-et-Marne. Une manifestation double, sous forme de biennales en alternance : « L’Art animalier » et « L’Art et la Matière ». Une époque où l’estampe était relativement méconnue dans la région, objet même, parfois, de confusions avec l’imprimé industriel ! En responsabilité au Conseil municipal de l’information-culture, j’avais alors eu l’opportunité, en 1999, d’y proposer l’estampe. Deux prix avaient alors récompensé la gravure, dont le Grand Prix de la Ville, institué sous l’impulsion du maire Michel Verhaeghe. La gravure était alors une révélation pour beaucoup ! Depuis, l’estampe est toujours présente dans les divers salons du « Point du Jour » qui ont accueilli un certain nombre d’artistes de renom.

À l’affiche en 2018, l’art animalier accueillait pour sa douzième biennale des artistes de qualité, comme : Danielle Burgart, à l’imaginaire foisonnant de visions parfois allégoriques de la faune sauvage, et où le dessin encré donne naissance à de beaux monotypes à l’esthétique vigoureuse ; Jean-Pierre David, chantre de la gravure sur plexiglas, mais où la représentation animalière inspirée, finement traduite dans des scènes souvent improbables, est marquée d’humour ou de tendresse ; Isabelle Panaud, où le regard entomologiste, principalement des littoraux de mer ou de marécages, s’enrichit des subtilités de l’héliogravure, ou de l’eau-forte dans une belle expression qui relie le trait et la teinte ; Véronique Sustrac, aquarelliste-graveure, qui allie avec sensibilité les effets des pigments ou des encres pour créer un univers musical en forme de partitions visuelles vibrantes ; enfin Serge Terzakian, qui délaissa la lithographie pour la gravure, où il excelle désormais, exprimant son intériorité dans des tailles évocatrices de sa volonté d’offrir au public au travers de ses visions émotives, ‒ comme il le dit souvent ‒, une « part de rêve ».

Vue des estampes de Jean-Pierre David
(Cl. Gérard Robin)

Mais un tel salon généraliste, où les couleurs et l’importance des peintures peuvent se heurter aux teintes moins agressives des estampes et à leur graphisme généralement plus discret, peut offrir un voisinage parfois difficile.
Pas toujours cependant, la suite devait le confirmer.

Dans cet opus 2018, accompagnant le Grand Prix de la Ville, offert par le maire actuel Bernard Rodier, plusieurs prix furent décernés lors du vernissage, certains par les représentants de municipalités voisines, mais aussi trois, choix d’un jury de six personnalités (dont il est à remarquer que, sauf erreur, n’y figurait aucun représentant de la gravure). Pour chacune d’elles, un choix difficile, étant donné le haut niveau général des autres œuvres plastiques présentes, peinture et sculpture.

Vue des estampes de Véronique Sustrac
(Cl. Gérard Robin)

Et là, il faut dire que le jury est tombé sous le charme, puisque ces trois prix, dotés par des entités locales, ont été attribués à des graveurs. Ainsi furent récompensés le Bordelais Jean-Pierre David et les Franciliennes Isabelle Panaud et Véronique Sustrac, cette dernière plus particulièrement au travers de ses aquarelles. S’ajoutaient à ces distinctions des médailles prestigieuses, offertes par des personnalités habilitées, respectivement : le Sénat, le Conseil départemental et l’Assemblée nationale.

À signaler qu’à chaque week-end, entre autres animations, des démonstrations d’impressions sur presse à taille-douce sont proposées par Isabelle Panaud et Serge Terzakian.

Gérard Robin

Seizième Biennale de Conflans

XVI° Biennale de Conflans Sainte-Honorine (95)
novembre 2017

Quinze artistes, et dix œuvres chacun, ce qui est très agréable car le visiteur peut réellement s’approcher de leur travail, raison pour laquelle cette biennale suscite à chaque fois une curiosité renouvelée. Toutes les techniques de l’estampe sont présentes, les thèmes et les univers personnels d’une très grande variété : objets oubliés du quotidien de D. Boxer, imaginaire fantastique de P. Vaquez, paysages endormis et luxuriants de J. de Nubes, interprétation personnelle et allégorique de textes poétiques iraniens anciens de S. Abélanet, rencontres improbables d’éléments maritimes ou urbains de P. Migné, danseurs en pleine action de C. Combaz, animaux et humains confrontés à leur identité et a partageant parfois… de S. Delahaut, abstractions rigoureuses de C. Laks, ou lyriques de S. Marzin. Impossible de tout citer mais de cet ensemble, l’art de l’estampe ressort vivifié : il peut tout faire, tout dire, tout évoquer.

« La quête des oiseaux » de Sylvie Abelanet, eau-forte, 50×65 cm
(Cl. Christine Moissinac)

Christine Moissinac

Rédiger son propre catalogue raisonné

Le samedi 10 mars 2018, dans le cadre de son assemblée générale annuelle, Manifestampe a organisé une causerie-débat ouverte au public, intitulée « Rédiger son propre catalogue raisonné. »

Devant près d’une centaine de personnes, Maxime Préaud, ancien conservateur au Département des estampes de la Bibliothèque nationale de France, président honoraire de Manifestampe depuis 2016, a offert aux adhérents et au public venu en curieux un beau moment de partage.

La thématique, qui concerne d’abord les artistes, touche aussi les familles d’artistes, les historiens de l’art et ceux qui s’intéressent de près à l’estampe.

Dans un style direct teinté de beaucoup d’humour, Maxime Préaud a expliqué la différence entre un inventaire, un catalogue d’exposition et un catalogue raisonné. Il a invité les artistes à prendre de bonnes habitudes, noter et recueillir tout ce qui se rapporte à la création de leur œuvre au fil du temps.

L’assistance a manifestement beaucoup apprécié les conseils apportés et l’a sollicité de plusieurs questions. Elles ont donné lieu à des réponses utiles et précises, pimentées de jeux de mots et de traits d’humour auquel le public s’est lui-même volontiers prêté sur ce sujet bien sérieux.

Texte de la causerie-débat de Maxime Préaud

Rédiger son propre catalogue raisonné est comme écrire son journal d’artiste, mettre un peu d’ordre et de raison dans ses activités artistiques, préparer l’enrichissement de ses futurs souvenirs.

Le catalogue raisonné peut en partie se définir par ce qu’il n’est pas. Il n’est pas une simple liste comme celle des courses que l’on fait au marché. Il n’est pas l’inventaire d’une collection, donc limité à cette réunion de documents et à l’espace qui la contient, encore que cet inventaire puisse être fait avec raison. Il n’est pas non plus un inventaire dressé par un notaire après un décès, décrivant les objets au fur et à mesure de leur apparition. Il n’est pas un catalogue qui se contenterait de brèves descriptions cliniques, même accompagnées d’images comme le Liber veritatis de Claude Lorrain.

Il n’est pas non plus un catalogue d’exposition, où sont sélectionnées dans un but particulier un certain nombre d’œuvres, lesquelles sont ou devraient être accompagnées d’un commentaire, lequel serait sûrement plus intelligent s’il existait un catalogue raisonné des œuvres considérées.

Le catalogue raisonné est plus que tout ce que je viens de décrire à la fois. Il est une accumulation où se mêlent les informations techniques et précises sur les œuvres et leur fabrication avec les sentiments et les faits à l’origine de leur création : les lieux, les histoires entendues, les conversations, les textes qui les ont inspirées, aussi bien que les premières pensées, les dessins préparatoires, les photographies, les coupures de journaux, les travaux des autres. Puis la description des différentes opérations qui ont mené à l’œuvre, les épreuves d’état, les épreuves d’essai, le tout réuni estampe par estampe en un dossier semblable au dossier d’une affaire criminelle. Et toutes ces informations sont classées de façon à s’insérer rationnellement dans un ensemble organisé.

Maxime Préaud pendant son intervention
(Cl. Marianne Durand-Lacaze)

Certains pensent et même disent : « Moi, ce qui m’intéresse c’est le moment présent, la création d’aujourd’hui, du passé faisons table rase, hier n’a pas d’importance », et c’est vrai peut-être, jusqu’au moment où, un peu plus âgé, un peu trop actif, on commence à mélanger les souvenirs et ne plus être capable de répondre de façon précise à certaines questions.

Certains sont trop modestes pour croire mériter un catalogue personnel. Mais en l’occurrence il ne s’agit pas de mérite ni de gloire, mais de méditation sur sa propre existence.

Certains, et c’est peut-être la catégorie la plus nombreuse, sont simplement négligents : ils ne rangent rien, ne classent rien, ne retrouvent rien, comme si les œuvres auxquelles ils consacrent pourtant une bonne partie de leur existence, de l’énergie, et de l’argent (car on ne s’enrichit pas toujours en gravant) n’avaient finalement aucune importance à leurs propres yeux. Je trouve que c’est une insulte à la vie et à l’art.

Il est vrai qu’on s’imagine souvent, lorsqu’on est jeune, qu’on se souviendra de tout. L’expérience montre que ce n’est jamais vrai.

Et il faut en plus penser à sa femme ou à son mari, à ses enfants, à ses amis. Même un vieux célibataire grincheux peut avoir un ou quelques amis. Que vont-ils faire de cette pagaille que vous envisagez de laisser derrière vous ? Alors qu’un bon catalogue leur faciliterait la tâche, s’ils voulaient garder quelque mémoire de vous.

*

Rédiger le catalogue raisonné de l’œuvre de quelqu’un d’autre relève de la même logique et demande la même organisation. La grosse différence est que la source première des informations, c’est-à-dire l’artiste, est absente, et qu’il faut reconstituer l’ordre et l’organisation de la partie laborieuse de son existence. L’exercice commence par une description minutieuse de chaque estampe, et se continue par une recherche dans les fonds d’archives, familiales quand il s’agit d’un être proche (courrier, photographies, coupures de presse, cartons d’invitations, etc.) ou publiques (archives notariales, collections diverses, sources imprimées de diverses natures) s’il s’agit d’un artiste plus ancien.

Vous souhaitez aller plus loin sur le sujet ?
Pour comprendre à plusieurs comment « Mettre un peu d’ordre dans ce qui peut apparaître comme un désordre ? » aux yeux de l’artiste et de ses proches, Maxime Préaud organise des master-classes sur ce sujet, au siège de Manifestampe
(cliquez sur ce lien pour connaître les modalités d’inscription).

Marianne Durand-Lacaze

La suite Vollard

Jusqu’au 29 avril 2018
« Picasso La suite Vollard »
Centre d’art La Malmaison
06150 Cannes

Sous les traits virtuoses du dessin et du geste graveur, sans effet démonstratif de technique, Picasso offre des images de l’amour antique, du plaisir des corps, de la volupté, de la violence aussi. En regardant les gravures de la suite Vollard, nous succombons d’émotion devant tant de maîtrise et de désinvolture apparente d’un dessin vrai, juste, d’un artiste gourmand


L’affiche de l’exposition

La suite a été commandée en septembre 1930. Sa première gravure : Femme couronnée de fleurs aux jambes croisées ; la dernière gravure date de décembre 1934 : Harpie à tête de taureau et quatre petites filles sur une tour surmontée d’un drapeau noir. La suite est composée de 6 cycles pour un total de 97 gravures plus 3 aquatintes du Portrait d’Ambroise Vollard – hommage de Picasso à son éditeur. L’ensemble a été tiré par Roger Lacourière en 1937.

Dominique-Louis Heraud

Art & matière

Quarante-troisième Salon Art & Matière
dans le département de l’Essonne
du 27 janvier au 4 février 2018

Abderrahmane Mada, « Le bruissement des oliviers », aquatinte
(Cl. A. Mada)

L’originalité de ce salon d’art généraliste, créé en mai 1975 dans l’Essonne par le peintre Marcel Neveu, est d’exposer chaque discipline artistique en un lieu différent : du Centre culturel Robert Dumas, de Maisse, à des salles polyvalentes de diverses communes avoisinantes : Boigneville, Prunay-sur-Essonne, Vayres-sur-Essonne, et Gironville-sur-Essonne, cette dernière dévolue en partie à l’estampe. Tout cela est sympathique et apporte sa touche culturelle colorée à l’animation locale, mettant de surcroît la gravure en lumière. Si elle n’est pas seule en ce lieu, sa coexistence avec les métiers d’art se fait en totale harmonie. La présidente actuelle, Caroline Delépine, graveure de son état, y fera des démonstrations, le samedi 3 février à partir de 14h30.
L’invitée d’honneur est, cette année, Jean Lodge et ses superbes gravures sur bois, dont Caroline écrit qu’elle « superpose des visions boisées de visages comme dans un rêve ».

Yves Marchaux, « La fenêtre », taille d’épargne au burin sur cuivre
(Cl. Y. Marchaux)

Sur les cimaises, sont exposées des œuvres d’estampiers comme Hélène Bautista, Yves Bucas-Français, Sophie Cordey, bien sûr Caroline, François Dubois, Sylvie Dujoncquoy, Abderrahmane Mada, créateur d’aquatintes pleines de force, et Yves Marchaux, auteur de belles tailles d’épargne au burin sur cuivre, ce qui est peu habituel.
Certains de ces artistes me sont moins connus, mais ce fut l’occasion de les découvrir.

Gérard Robin

 

Rendez-vous à la Fondation Taylor

Fondation Taylor
1 rue La Bruyère 75009 Paris
du 4 au 27 janvier 2018

André Bongibault, « Énergie »,
burin, aquatinte et manière noire (Cl. G. Robin)

Qui ne connaît la Fondation Taylor, cet ancien hôtel particulier situé à Paris , à quelques pas de la place Saint-Georges ? On sait que, dès 1844, le baron Isidore Taylor, personnalité atypique de l’époque, homme de culture, auteur dramatique puis mécène, créa une association d’entraide pour les artistes peintres, sculpteurs, architectes, graveurs et dessinateurs. Et c’est ici en 1949, suite à un legs du peintre Albert Maignan, qui en fut le président de 1905 à 1908, que la fondation s’installa.

Aujourd’hui encore, sous la houlette du président Jean-François Larrieu, en fonction depuis mai 2010, la fondation continue à soutenir les artistes, à organiser ou recevoir des expositions, sur ses 250 m2 de surface dédiée, et à révéler des talents en décernant chaque année nombre de prix.

Fait exceptionnel, ce jeudi 11 janvier 2018, le lieu, dans ses locaux rénovés qui en fond un superbe écrin de présentation, était entièrement dévolu à la gravure, avec deux manifestations de grande qualité.

Trois lauréats à l’honneur

Hélène Damville « Sans titre« , burin et aquatinte (Cl. G. Robin)

Aux rez-de-chaussée et sous-sol, trois lauréats de la fondation : André Bongibault, l’une des grande signatures de la gravure actuelle, grand prix Léon-Georges Baudry 2016, destiné à honorer un artiste « d’un réel talent figuratif pour la qualité de l’ensemble de son œuvre » ; Hélène Damville, prix Jean Asselbergs 2017, dédié à un(e) jeune artiste ; Carole Texier, prix Paul Gonnand 2017, décerné à un(e) buriniste. Un trio d’excellence au rendez-vous !

Carole Texier « Humains 4« , burin (Cl. G. Robin)

Pour André Bongibault, qui s’adonne aussi à l’œuvre peinte, la gravure est une véritable symphonie picturale, où aquatinte, manière noire et burin sont les révélateurs d’une énergie visuelle et mentale exceptionnelle, reflétant une pensée profonde, empreinte de philosophie orientale. Pour Hélène Damville, marquée par la pratique du dessin et de la peinture dans les laboratoires d’anatomie comparée du Muséum d’Histoire naturelle de Paris, la gravure est l’expression rebelle de visions fortes, peut-être en blessures qu’elle sculpte avec vigueur dans le bois, le lino ou le métal, pour exprimer, – après des visions végétales torturées -, gueules cassées et danses macabres. Quant à Carole Texier, chantre de la taille directe sur lino et métal, elle évoque sur la teinte claire du papier japon, ici en traits d’encre au noir intense, là en lignes fines enserrant des teintes légères, des silhouettes désincarnées de Humains ou Signica, mais évocatrices, dans des postures figées ou en mouvement, d’une pensée complexe et d’une grande richesse ouverte à l’interprétation de chacun.

La Taille et le Crayon

Dans l’atelier, à l’étage supérieur, une autre exposition fera date, pour deux raisons : la seconde étant le salon annuel – le 15e – d’une grande association de défense et de promotion de l’art : La Taille et le Crayon, fondée en octobre 2000 par un groupe de graveurs, d’amateurs et de critiques d’art, présidée par Claude Bouret, vice-président de Taylor et conservateur en chef honoraire à la BnF, pour « mettre en valeur la richesse des rapports créatifs entre les techniques du dessin et les procédés de gravure ». La première étant le titre de l’exposition, provoquant à souhait, car faisant fi, encore plus qu’au rez-de-chaussée, de la parité ! : Femmes graveurs – Femmes gravées. Mais ne nous plaignons pas, la qualité est là encore au rendez-vous.

Christine Gendre-Bergère , »Autoportrait« ,
pointe sèche (Cl. G. Robin)

Autour de l’invitée d’honneur, Christine Gendre-Bergère, qui a représenté en une douzaine de grandes eaux-fortes verticales (93 cm de haut, en trois plaques !) plusieurs de ses consœurs graveures en action, des artistes dont les noms sonnent dans nombre de salons et nous interpellent, plusieurs autres graveuses avaient été invitée. Thérèse Boucraut, qui s’adonne magistralement à l’autoportrait ; Sylviane Canini, dont les représentations humaines, suggérées ou ébauchées, laissent libre cours à l’imaginaire de chaque spectateur ; France Dumas, qui croque à loisir les temps forts de ses rencontres et s’en nourrit pour alimenter des eaux-fortes, qui « sont les traces d’un moment, d’un visage, d’un spectacle, d’une émotion » ; Marie Guillet, qui utilise diverses manières de la taille-douce pour mettre en scène des personnages esquissés, dans des ambiances en lavis ; Véronique Laurent-Denieuil enfin, qui scrute le visage pour en capter, au travers de sa manière préférée – l’aquatinte au sucre -, les émotions fugitives, la fragilité d’intériorités et la force de regards qui souvent se dérobent à celui, inquisiteur, du témoin de passage.

Toutes ces « estampières » sont dans une diversité d’expression qui démontre, s’il en était encore besoin, l’étendue du registre créatif de la gravure, et bien sûr, une présence qui porte haut l’expression picturale de l’estampe.

Gérard Robin

La gravure au Salon de la SNBA

Salon des Beaux-Arts de la SNBA
7 au 10 décembre 2017
Salles du Carrousel du Louvre, Paris

Le jeudi 7 décembre 2017, au Carrousel du Louvre, avait lieu le vernissage du Salon des Beaux-Arts de la SNBA, la Société Nationale des Beaux-Arts.

Pour la découvrir, après avoir longé les vestiges cyclopéens de l’enceinte de Charles V, où les pierres anciennes brillaient de phrases lumineuses à méditer, en reflet dans des brillances du sol minéral, il fallait emprunter un large couloir, avec ici un mur blanc animé de vidéos, et là les alcôves d’accueil, précédant l’ouverture sur les salles présentant les sections du salon : peinture, sculpture et photographie, mais aussi, au bout de ce large passage, des cimaises tapissées de noir portant en peine lumière les cadres des estampes. Un effet saisissant dès l’approche, superbe, en ouverture de la section gravure. Un espace qui se révèle idéal pour offrir sa sobriété au plaisir des regards avertis, mais aussi à la découverte d’un public, certes venu principalement voir les autres disciplines mais enclin à se retirer, de temps à autre, de l’exubérance plastique des formes et des couleurs qui décoraient les autres salles, jointe à l’effervescence de la foule qui s’y pressait. Cet univers « estampier », par contraste, apparaissait emprunt de sérénité, un lieu où il était agréable d’être, pour contempler à loisir, à des distances variables comme il se doit pour ces œuvres.

Une vue de la section gravure. Cl. Gérard Robin.

Mais qu’ajouter de cette présentation générale, sinon que la mise en éclairage était parfaite pour la quasi totalité des œuvres, avec, dans les hauteurs, des projecteurs directifs mais discrets, dont l’excès de lumière était absorbé par le noir des cimaises, une architecture des lieux ouverte et agréable, et un accrochage, concocté par la présidente Sophie Sirot, harmonieux et sans fausse note. Une harmonie pour mettre en lumière cette « musique » graphique, qui a franchit les siècles, de la Renaissance à aujourd’hui, et s’est enrichie en permanence au fil du temps…

Cette année, la section gravure présentait 22 artistes : Anne & Gilles, Hélène Baumel, Münevver Cillov, Jeanne Clauteaux-Rebillaud, Yoshiko Fujita, Marie-Laure Guéguen, Rania Homsy, Jean-François Jullien Clément, Véronique Laurent Dienieuil, Chunna Lin-Pointard, Bernard Mallet, Nadejda Menier, Jacques Meunier, Hélène Midol, Tsuzen Nakajima, Marianne de Nayer, Monique Olivier, Benjamin Parker, Julianna Salmon, Sophie Sirot, France Tessier, Jacques Thuillier.

Jullien Clément, « Ils s’invitent les soirs d’été »,
pointe sèche sur plexiglas, 43×30 cm. Cl. Gérard Robin.

En résumé, des artistes chantres d’un art qui brille de la richesse de « manières » propres à tout exprimer, et dont le président de la SNBA, Michel King, avait écrit à propos du salon 2016 :  « Les graveurs creusent les sillons du champ de leur monde intérieur et en estampent les reliefs, les creux, les plats, en empreinte sensible ».

Quelques soixante-dix œuvres, où le noir et blanc côtoie allégrement la couleur, étaient présentes, dans une belle diversité d’expressions, du figuratif à l’abstraction, d’où sourd le talent, fort des émotions qu’il donne en partage aux visiteurs.

Une autre vue de la section gravure. Cl. Gérard Robin.

On ne peut citer de nom particulier, car l’estampe a ceci que son originalité n’autorise pas la médiocrité. Donc, une fois encore, elle aura apporté son rayonnement propre, au sein de la grande famille des arts plastiques, par ailleurs brillamment représentée dans les diverses autres disciplines présentes au Carrousel du Louvre.

Gérard Robin

Biennale de Saint-Maur 2017

Jusqu’au 26 novembre 2017 à la Villa Médicis de Saint-Maur.

Le thème de la huitième biennale, « Lumières », étant très large, a attiré de nombreux artistes, dont près de quarante pour cent d’étrangers ou vivant à l‘étranger. Parmi les trente-cinq retenus, plusieurs nous étaient déjà connus, puisque, par exemple, le second prix a été attribué à Ariane Fruit, lauréate GRAViX 2017.

Mathilde Seguin, « Pas portrait de famille Jeanne GR et Angélique »,
linogravure, 30,2 cm x 71,1 cm, 2016

Il est toujours intéressant de voir des travaux nouveaux d’un artiste que l’on suit depuis plusieurs années. C’est le cas pour les portraits qui restent saisissants de Christine Gendre-Bergère, les aquatintes très fortes de Sylvie Abélanet, les mystérieuses pointes-sèches de Jeanne Clauteaux-Rebillaud, les architectures précises de Léon Garreaud de Mainvilliers, les évocations diaphanes de Mikio Watanabé, les linogravures colorées à la planche perdue de Lise Follier-Morales, les aquatintes sensibles de Charles-Henri Delprat.

L’exposition permet aussi de retrouver des artistes perdus de vue sans raison, comme Mathilde Seguin et Edith Schmid. Et, surtout, d’y faire d’heureuses découvertes : Paruo, Karol Pomykala, JanVicar, Cécile Gissot, Wendelien Schonfeld, sans oublier le premier prix décerné à Baptiste Fompeyrine.

Baptiste Fompeyrine, « L’arrivée de Magellan »,
eau-forte, aquatinte et burin sur zinc, 35,4 cm x 49,7 cm,  2017

Christine Moissinac

Critique d’art désabusé

On ne saurait trop recommander aux nouvelles générations d’artistes ou d’historiens d’art ainsi qu’aux amateurs d’art de tous âges, la lecture réjouissante et vivifiante de ce petit livre qui est passé presque inaperçu de bien des médias : « Journal d’un critique d’art désabusé » de Michel Ragon, aux éditions Albin Michel, Paris, 2013, ISBN 978-2-226-24854-1.

Né en 1924, Michel Ragon a été critique d’art et d’architecture, aussi écrivain lauréat du prix des lectrices du magazine Elle, du Goncourt du récit historique, etc. pour « Les mouchoirs rouges de Cholet » (1984), surtout promoteur des avant-gardes : COBRA, l’abstraction lyrique, etc. à une époque où les Beaux-arts n’étaient pas devenus aussi plastiques que la matière du même nom, encore fondateur de la revue Cimaise et collaborateur assidu de bien d’autres, etc. Une carrière bien remplie et à son âge, il est dans cet ouvrage encore plus libre de parole qu’il ne l’a jamais été.

Plus qu’un journal, comme son titre l’indique, sous-titré : 2009 – 2011, ce livre est bien plutôt un recueil de notes et de notules où défilent, de la fin de la seconde guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui, un panorama d’évènements artistiques et une saga des artistes qui les ont provoqués. Michel Ragon tresse ainsi, très souvent avec humour et pertinence, une chronique des Beaux-arts en France et dans le monde dont on appréciera, dans la brièveté de ses propos, la sûreté de son jugement esthétique et historique.

Voici, glanées dans ces deux cents pages, quelques-unes unes de ses courtes critiques toujours pleines de vivacité et d’esprit. En pages 28 et 29, en quelques lignes le sens de l’aventure COBRA ; en pages 37 et 38, l’amical, tendre et vineux portrait du bon géant Alexandre Calder ; en page 43, la flèche vacharde qu’il décoche à François Pinault ; en pages 96 à 104, une étude comparée des mérites architecturaux des présidents de la V° République française ; en pages 151 à 157, le roman picaresque de la courte vie d’Yves Klein ; enfin, en page 161 sa condamnation sans appel de l’art institutionnel contemporain qu’il faut citer dans son intégralité : « …Il faut dire qu’un art officiel s’était peu à peu institué en France, avec l’approbation du ministère de la Culture, du Centre Georges Pompidou et des musées de province phagocytés par les FRAC. Il s’était tissé sur tout le territoire un réseau culturel s’appropriant l’avant-garde, en faisant une avant-garde institutionnelle, comme il existe au Mexique un Parti révolutionnaire institutionnel installé à la tête de l’État et qui ne le lâche plus. Inutile de préciser que cette avant-garde institutionnelle, tout comme le PRI mexicain, n’a rien de révolutionnaire et a perdu tout esprit novateur… »

Ainsi, au cours de ses pages, le lecteur pourra-t-il s’attarder sur d’autres et nombreux protagonistes de ces aventures artistiques de la dernière moitié du XX° siècle et du début du XXI° siècle.

Ne cherchez pas dans les pages de ce journal le mot estampe. Il n’y figure pas, tant pour la génération contemporaine de Michel Ragon, les majeurs des Beaux-arts demeuraient la peinture, la sculpture et l’architecture, et, concernant la gravure, un des mineurs. Toutefois, en page 17, on trouvera une allusion à la perspicacité d’un graveur (sic), Aude de Kerros, à propos de l’art institutionnel contemporain. Quant au jugement de Michel Ragon sur l’estampe, on se reportera avec profit à son texte publié aux éditions du Cercle d’art à l’occasion de l’exposition, qui eut lieu à Strasbourg : « Le temps du papier » consacrée à l’œuvre gravé de Pierre Soulages, son ami de toujours.

Claude Bureau