Les chants du signe

Cimaises 77 – 2019
“Les chants du signe”
Du 1er juin au 23 juin
Espace Culturel Victor Prudhomme
40 rue des Varennes
77460 Souppes-sur-Loing
culturel@ville-souppes.fr

Passionnée d’art et de musique, j’ai eu la chance d’être bénévole durant plusieurs années au sein de l’Association “Artévie“, située à Lorrez-le-Bocage (77), créée et présidée par Dominique Ibañez. Cet espace d’art contemporain a exposé : peinture, sculpture, lithographie (Zao Woo Ki, Miró,…). J’ai cependant découvert la gravure, d’abord avec Fred Deux et Cécile Reims, en participant à : rencontre, conférence et expos, mais ensuite au travers de salons dédiés à l’estampe contemporaine, en particulier “Estamp’Art 77” et “Cimaises 77”, organisés par Gérard et Maïté Robin, de l’association “Art puissance 7 Events”. Habitant Nemours, j’ai la chance de vivre dans une région, le Val de Loing, où la culture est bien représentée. Cette année, je suis ravie d’avoir pu découvrir l’édition 2019 du salon “Cimaises 77“, qui a ouvert le 23e “Festival Arts en Juin”. Ce festival, organisé par la Mairie de Souppes-sur-Loing, se déroule durant trois semaines, offrant la possibilité à tous de découvrir de nombreux artistes et spectacles.

Concernant l’estampe, je me souviens que le salon sulpicien précédent, “Cimaises 77 – 2016“, invitant “L’estampe de Chaville”, avait été annulé, avant même son inauguration, par la grande crue du Loing qui avait submergé la région, causant d’énormes dégâts en ville et alentours. Un drame qui avait donné lieu à un immense geste de solidarité, L’Estampe solidaire, émanant des artistes graveurs exposants ou non, qui les honore.

Le thème choisi cette année, “Les Chants du Signe”, a éveillé ma curiosité par ces deux aspects de l’art, musical et plastique, qui m’interpellent toujours. Dix artistes sont invités, respectant parité et diversité d’expressions : Claude Abeille, Hélène Baumel, André Bongibault, Claude-Jean Darmon, Anouck Faure, Michèle Joffrion, Rem, Sophie Sirot, Ève Stein et Mikio Watanabé. Chacun de ces artistes disposant, et c’est appréciable, d’un espace conséquent pour présenter leurs œuvres.

Concert avant le vernissage (Cl. Maïté Robin)

Le vernissage nous a offert à tous un véritable temps fort. En effet, afin d’illustrer le thème choisi, Carole Mayran de Chamisso, compositrice de Nemours, nous a présenté la création d’un triptyque musical classique, composé à partir du choix de trois gravures, – signées Baumel, Joffrion et Stein, -, et interprété par un trio de musiciennes : Gaelle Belot à la flûte traversière, Anne Claude Moquet au violoncelle et Bénédicte Rostaing à la harpe. Ce fut une évocation émouvante du ressenti de cette vibration que peut générer la gravure, de cette musique qui jaillit d’une estampe, de par sa structure même, comme cela est évoqué dans le catalogue d’exposition.

Ce fut là un instant de grâce, partagé par une assistance nombreuse et notamment par les personnalités locales venues à cette inauguration : la députée de Seine & Marne, Valérie Lacroute ; le sénateur honoraire Jean-Jacques Hyest ; le président du Département, Patrick Septiers ; la conseillère régionale Roselyne Sarkissian ; la conseillère départementale Isoline Garreau-Millot ; le conseiller départemental Bernard Cozic ; le maire de Souppes-sur-Loing, Pierre Babut, et son adjointe Annie Villeflose, présidente du festival. Après la présentation des quatre musiciennes, celle des artistes, et quelques discours des personnalités, s’ouvrit un buffet convivial offert par la Mairie. Une ambiance des plus chaleureuses qui s’ajoutait à l’ensoleillement extérieur (sur la vue d’un étang situé entre plage et forêt).

Pendant le vernissage (Cl. Maïté Robin)

Interrogé, Gérard Robin insista sur l’intérêt exceptionnel que la municipalité de Souppes-sur-Loing porta à l’estampe, cela dès la première manifestation, et ce qu’il lui devait. « La Commune de Souppes-sur-Loing accueille depuis 2006 nos biennales : Estamp’Art 77, hors festival, puis Cimaises 77, dans ce cadre. Nous en remercions vivement son Maire, Pierre Babut, ainsi que Jean-Claude Thébault, son prédécesseur, qui nous ont accordé successivement leur confiance et leur soutien. Et, bien sûr, Annie Villeflose, maire adjointe en charge de la Culture et du Social, âme du festival “Arts en Juin”, mais aussi femme de conviction et d’exception, forte d’une expérience municipale de plus de quarante ans, – c’est remarquable ! -, et dont l’aide nous fut efficace et toujours attentive. C’est pourquoi nous lui dédions ces “Chants du Signe”, un salon qui nous tient au cœur et qui est pour nous, en quelque sorte, un “Chant du Cygne”. J’en terminerai en remerciant toutes celles et tous ceux qui ont participé à un moment ou un autre à la mise en place de nos diverses biennales, dont cette dernière. »

En conclusion de ce bel événement, je peux dire que je suis ravie d’avoir pu assister à une manifestation qui, à mon sens, fera marque, et qui s’intégrait presque, m’a-t-on dit, à la fameuse Fête nationale de l’Estampe du 26 mai.

Thérèse Le Bas

Carton gravé

« L’atelier du carton gravé »
Galerie l’Entr@cte
3 rue de Versailles
92410 Ville d’Avray
du 26 mai au 8 juin 2019

On aurait tendance à penser qu’un carton gravé est un petit rectangle qu’on donnait naguère, en présentant ses civilités, à la personne inconnue avec laquelle on désirait prolonger la conversation. Plus prosaïquement, il s’agit bien ici de cette matière papetière dont le collectif « Carton extrême carton » promeut l’usage comme plaque à graver pour imprimer des estampes. Il est donc naturel qu’il choisisse ce titre : « L’atelier du carton gravé », pour sa nouvelle participation à la Fête de l’estampe 2019, afin d’intituler cette exposition qui montre les multiples expressions que des matrices en carton gravé sont capables de produire.

Habitués que nous sommes aujourd’hui à des expositions presque jansénistes où une œuvre garde toujours ses distances avec celles qui l’entourent, ici, dans les quatre salles dont est constituée la galerie sise au premier étage de l’ancienne maison bourgeoise transformée en espace culturel par la municipalité de Ville d’Avray, ce collectif d’artistes a pris le parti inverse et s’est lancé dans une profusion de propositions qui mêlent – toutefois parfaitement ordonnées et accrochées – du plus petit format au plus grand, de nombreuses estampes dans un espace malgré tout restreint. En outre de cette abondance, l’absence de protection vitrée et d’encadrement donnent à l’ensemble de « l’atelier » un aspect vivifiant et léger qui sait éviter le côté parfois compassé et solennel de bien des accrochages artistiques.

Une vue des salles (Cl. Claude Bureau)

Dans la salle d’accueil, sur deux tables blanches, des réalisations, que des esprits chagrins pourraient qualifier de cartonnage, attirent le regard. Elles mettent en volume la malléabilité esthétique de cette matière carton. L’art peut aussi tenir dans les mains : des petites boîtes, vases ou tirelires de Serge Bolland avec les estampes colorées, découpées et contrecollées de Dominique Moindraut, ou bien encore des carnets et des crayons à papier gainés des estampes colorées de Maryanick Ricart.

Les trois autres salles méritent, elles aussi, une lente déambulation tant les nombreuses estampes punaisées magnétiquement sur les murs blancs imposent que l’on s’arrête longuement devant chacune elles. Dans une grande composition orthogonale, Pascale Simonet assemble de multiples formats qui se répondent dans un complexe échiquier de noirs et blancs. Le bestiaire de Michèle Atman surgit là où ne l’attend pas, sorti tout frétillant de ses paysages imaginaires. Les livres d’artiste de Joëlle Dumont attendent sagement dans une vitrine enfin ouverte où une paire de gants blancs incitent à les compulser à loisir. Le dièdre consacré aux touches colorées de Dominique Moindraut appelle à une joyeuse rêverie. Enfin, les tirages de Julien Mélique, présentés parfois côte à côte de leur matrice légèrement colorées, mettent en lumière toute une série de matières et de gris, abstraitement figuratifs ou figurativement abstraits, subtilement dégradés en un jeu polyphonique issu du seul carton gravé, encré, essuyé et imprimé.

Une autre vue des salles (Cl. Claude Bureau)

Pour ceux qui en douteraient encore, le carton, cette vile matière si communément répandue, peut, quand il est utilisé avec talent, être une matrice d’estampe égale à toutes les autres matières : qu’importe la matrice pourvu qu’on ait l’image !

Claude Bureau

Ombre et lumière

« Ombre et lumière »
au SEL
47 Grande rue
92310 Sèvres
du 10 mai au 10 juin 2019

Dans le cadre de la Fête de l’estampe 2019, le SEL (Sèvres espace loisir), qui est hébergé sous la halle en fer de type Baltard de l’ancien marché local reconverti en centre culturel municipal, présente, sous ce titre : « Ombre et lumière », une exposition de 23 estampes et 4 livres d’artiste d’Hélène Baumel dans sa galerie dont la faible hauteur sous plafond des pièces qui la composent, convient parfaitement, dans sa relative intimité toute de noir vêtue, à l’accrochage de gravures.

Femme affable, souriante et discrète, Hélène Baumel, dont on connaît mieux les aquatintes colorées avec des paysages évocateurs qui frisent le figuratif, a choisi ici exclusivement des tailles d’épargne exécutées à partir de toutes sortes de plaque que l’industrie du bois et de ses dérivés est capable d’offrir à l’outil qui grave : bois de fil, contreplaqué, latté, médium ou linoléum. Par contraste avec ses aquatintes, elle propose des sujets qu’on ne voit plus guère dans les expositions contemporaines : paysages figuratifs, vignes méridionales, sous-bois, montagnes ou collines, boqueteaux de divers végétaux, mosaïques de toitures….

L’image du carton d’invitation

Cependant, elle leur donne un tour tout à fait personnel et original. La gouge d’Hélène Baumel ne va pas par quatre chemins, elle dessine et taille franchement et directement le motif, sans détour ni fioriture. Comme dans ses aquatintes, elle sait jouer de teintes aqueuses, avec une ou plusieurs plaques colorées sous la matrice noire du motif principal qui vibre alors de ces nuances transparentes et légères et qui restitue la tonalité du sentiment ou de la saison qu’elle exprime.

Les 4 livres d’artiste, constitués de la même substance sont présentés dans une grande vitrine verticale qui empêche de pouvoir les compulser comme on souhaiterait pouvoir le faire. Incitation, sans doute, à prendre rendez-vous à l’atelier de « L’estampe de Chaville » dont Hélène Baumel est l’un des piliers, pour les acquérir et les emporter.

Claude Bureau