Estampes XXL

« Estampes monumentales XXL »
du 25 mai au 15 septembre 2019
Musée des beaux-arts de Caen
Le Château
14000 Caen

Sous ce titre choisi par le Musée des Beaux-arts de Caen, ont été exposés des artistes parmi les plus connus du public comme Alechinsky, Baselitz, Serra, Tapies, Brown, Dine, etc. aux côtés d’autres plus jeunes : Marie-Ange Guilleminot, Christian Schwarzwald, Patrick Gabler, Julie Mehretu, Christiane Baumgartner, Djamel Tatah, Frédérique Loutz, Claude Closky, Agathe May et Bruno Hellenbosch. L’estampe classique, telle que nous la connaissons, est bousculée par leurs recherches sur les supports, certains parfois surprenants (tissu d’ameublement, papier peint ou encore caoutchouc), par la notion de multiple et le mélange des techniques.

« Sixième journée » de B. Hellenbozch (Cl. Christine Moissinac)

À l’entrée du musée, une œuvre de B. Hellenbosch, ou plutôt le dixième d’un travail monumental (100 plaques de bois réunies 10 par 10), inspiré par le Décaméron de Boccace et sa structure décimale. Dix journées donc, chacune composée de dix thèmes faisant appel à dix narrateurs. Ici, la sixième journée : autour du Don Quichotte de Picasso, où abondent librement de multiples éléments visuels issus d’autres histoires souvent puisées dans notre mémoire et parfois venus de loin.

Un des panneaux de « Bruit de fond » (Cl. Christine Moissinac)

En parallèle, à la galerie Mancel, neuf étudiantes de l’Esam Caen/Cherbourg présentaient « Bruit de fond » constitué de cinq matrices de bois gravées encrées en noir de 2m50 de côté chacune : Amélie Asturias, Elisa Bertin, Lucille Jallot, Haniyeh Kazemi, Jéromine Lancial, Salomé Lapleau, Margaux Le Pape, Sonia Martins et Adèle Vallet nous invitent à nous pencher sur notre civilisation et les vestiges qu’elle engendre, sujet tout à fait d’actualité.

Christine Moissinac

Synchronies invisibles

« Synchronies invisibles »
Fondation Taylor
1 rue La Bruyère
75009 Paris
du 5 au 28 septembre 2019

Fidèle à son goût pour les manifestations internationales, l’association « Graver Maintenant » a conçu, avec l’université Feevale de l’État de Rio Grande do Sul, un projet d’échanges France – Brésil dont le résultat est une singulière exposition.

Superbement installée dans l’atelier des quatrième et cinquième étages de la Fondation Taylor, Synchronies Invisibles intrigue le visiteur. S’il n’est pas averti, il sera sans doute troublé au premier abord, comme le suggère la première de couverture du catalogue.

Vue plongeante de l’atelier (Cl. Josiane Guillet)

L’accrochage propose des groupes de trois unités : une gravure encadrée (qui figure sur la « bonne page » du catalogue), une seconde gravure sans cadre, et un fragment de gravure dont on se rend assez vite compte qu’il est un extrait de la seconde. Le cartel indique d’abord le nom de l’artiste dont l’œuvre est encadrée, et, en dessous, celui de l’autre estampe. On s’interroge sur la raison d’être du fragment, puis germe l’idée qu’il y a un lien à découvrir entre l’œuvre encadrée et ce morceau d’estampe.

Le spectateur tente alors de reconstruire le parcours de l’artiste qui a reçu l’extrait original d’une gravure inconnue et en a fait, chacun à sa manière, le point de départ d’une nouvelle œuvre. La lecture des œuvres devient aussi stimulante que le défi représenté par ce carré dont on devine qu’il a pu susciter, après examen attentif et décryptage technique, perplexité, agacement ou enthousiasme chez le destinataire.

Trois des trente-deux œuvres accrochées (Cl. Josiane Guillet)

Se projeter dans le carré, chercher des indices et des correspondances, mobiliser son énergie créatrice pour être, parfois, entraîné loin des chemins habituels ; chacun des trente-deux artistes a rédigé un texte qui témoigne de son expérience. La Brésilienne Lurdi Blauth, initiatrice du projet, a repris la couleur, abandonnée depuis une décennie, en travaillant à partir de l’extrait de gravure de Dominique Moindraut. L’urubu de Clair de lune de Nara Amélia Melo da Silva entre en résonance avec l’image spéculaire d’Isabel Mouttet. L’estampe de Christine Gendre-Bergère, inspirée par le contexte champêtre d’Arlete Santarosa, dénonce l’usage mortifère des pesticides en détournant un tableau de Courbet. Michèle Atman s’attache au jeu du blanc et du noir de la Brésilienne Clara Bohrer pour exprimer sa propre dialectique du « blancgrisnoir ». Marinês Busetti adopte le carré de Pascale Simonet pour en faire le module de création d’une matrice complexe.

Le flou se dissipe progressivement dans le regard du visiteur, les liens apparaissent, les images se combinent, les synchronies se dévoilent (ou non) et la quatrième de couverture du catalogue, métaphore de la visite, devient alors lisible.

Josiane Guillet

Estampe et sensations fortes

Difficile d’expliquer pourquoi et comment une œuvre artistique nous touche. Une Sulpicienne conquise par une estampe vendue en 2016, suite à l’annulation du festival “Arts en juin” par la crue du Loing, rencontre enfin sa créatrice. L’édition du festival “Arts en Juin” de 2016 avait été annulée par les inondations qui ont dévasté la ville. L’importante exposition d’estampes intitulée : “Cimaises 77 invite l’Estampe de Chaville”, avait alors donné lieu à un incroyable élan de solidarité, initié par le directeur artistique de l’atelier de Chaville, André Bongibault, les artistes invités, d’autres s’y ajoutant, ayant offert des œuvres afin que le produit de leur vente apporte de l’aide aux sinistrés.

Happée par une œuvre

La municipalité, en partenariat avec les organisateurs, Maïté et Gérard Robin, à la tête de l’association Art puissance 7 Events, organisa une vente de ces estampes en novembre 2016 lors de l’inauguration de la nouvelle salle des mariages et du conseil municipal, en présence de l’ex-ministre Juliette Méadel. La Sulpicienne Amina B., victime d’un double accident de la vie, avait alors été littéralement “happée” par une des œuvres exposées : “Arioso”, de l’artiste Ève Stein.

“Arioso” d’Ève Stein (Cl. Maïté Robin)

« J’ai entendu une musique »

« C’était comme un appel », confie-t-elle. « J’ai ressenti un dynamisme et entendu une musique ». Limitée dans ses mouvements en raison d’une perte d’autonomie, l’œuvre lui a inspiré mouvement et action. Dans un geste de solidarité, elle l’a acquise et a pu échanger au téléphone avec l’artiste, émue et touchée par ce ressenti. Ève Stein lui a confirmé sa passion pour la musique, qui alimente son imaginaire et son inspiration, et qui conduit son écriture picturale dans le graphisme et la couleur.

Trois ans plus tard

Ève Stein et Amina B. conversent (Cl. Laredj Djebar)

Trois ans plus tard, l’inauguration de la vingt-troisième édition du festival “Arts en juin” leur a donné l’opportunité, au travers du salon d’estampes : “Les Chants du Signe”, de faire connaissance. « Après votre œuvre, je vous rencontre, c’est un bonheur », lâchait Amina B… Au-delà du rappel des échanges qu’elles ont eu, le sensoriel a constitué l’essentiel de leurs discussions. L’artiste a été sensible de l’effet provoqué par son œuvre. Heureuse de voir qu‘à travers sa gravure, de l’émotion et des vibrations ont pu transiter et toucher Amina B. à ce point.

Laredj Djebar