À plusieurs mains

Silex, première édition
Fête de l’estampe 26 mai 2017

Galerie Christian Collin
11 rue Rameau Paris IIe

Grâce à l’obligeance et à l’hospitalité de la galerie d’estampes anciennes Christian Collin, sise à deux pas du site Richelieu de la BnF, la très récente association Silex (pour Sérigraphie, intaglio, lithographie, estampe et xylographie) a présenté au public pendant la 5e Fête de l’estampe sa toute première édition d’estampes contemporaines. Fondée par deux jeunes historiennes de l’art, Anna Zachmann et Justine Rouillé, Silex s’est lancée dans cette aventure improbable d’une très originale manière.

En effet, si en musique les morceaux exécutés à plusieurs mains ne sont pas rares, en revanche dans le domaine de l’estampe ils sont plus exceptionnels. En se restreignant aux seuls XXe et XXIe siècles, ils sont peu nombreux. On pourrait évoquer l’œuvre à quatre mains produite par Hans Bellmer et Cécile Reims tant les secondes mains de la graveuse avaient su se couler dans le trait du dessinateur. Il s’agissait plutôt-là d’un duo où la seconde main s’effaçait derrière la première. Pour des morceaux où toutes les mains sont assignées au même rang, on pourrait noter deux entreprises plus récentes : celles des estampes franco-canadiennes, créées et gravées par des duos d’artistes résidant de chaque côté de l’Atlantique et qui ont été réunis par l’Atelier Presse Papier et Graver Maintenant afin de travailler en couple sur une même matrice pour « Coïncidences des contraires » et « Conïncidences et jeux de hasard » . L’association Silex, quant à elle, dans ce périlleux et aléatoire exercice, a choisi d’en augmenter très sérieusement les contraintes. En effet, elle a imposé des règles quasi ougrapiennes (adjectif dérivé d’Ouvroir de gravure potentielle) aux artistes participant à cette première édition projetée par les deux fondatrices. Il s’agissait en l’occurrence d’exécuter un opus à douze mains !

Dans l’antre d’Ougrapo

Le défi proposé était de taille, qu’on en juge : réunir dans un même atelier six candidats graveurs volontaires, qui a priori ne se connaissaient pas, qui, le même jour et en cinq heures d’horloge, devaient créer, graver et imprimer l’édition souhaitée par Silex ; faire intervenir, dans ce court laps temps imparti, sur chacune des six matrices prévues en linoléum, à tour de rôle, trois artistes différents ; imprimer, après chaque intervention d’un artiste graveur, une à deux épreuves d’état ; puis, les six matrices achevées, imprimer six exemplaires des six linogravures engendrées par ce cadavre exquis. Ouf ! Un exploit dans sa démesure minutée ! Inconscientes ou téméraires, six artistes trentenaires ont répondu à l’appel et se sont lancées dans l’aventure : Marguerite Bruchet, Paloma Main, Simone Montès, Hélène Bautista, Esther David et Inès Rousset.

Une singulière édition

En outre, dernier objectif que s’était fixé Silex : proposer au public des estampes numérotées et signées au prix tout à fait abordable de 20 € chaque tirage composant l’édition afin de bien en souligner le caractère multiple et singulier.

 
Un amateur d’estampes le 26 mai 2017
devant la galerie (Cl. Silex).

La totalité de l’édition, présentée dans la galerie et sur le trottoir qui la borde pendant la journée ensoleillée de la Fête de l’estampe 2017, comporte donc trente-six estampes issues des six matrices de linoléum de 42 x 30 cm et imprimées sur du papier Fabriano Rosa spina de 230g quart de jésus. Pour cette première exposition, elles étaient accompagnées par les linogravures finales et par les tirages de leurs états intermédiaires dont il faut souligner la parenté graphique malgré que toutes ces tailles d’épargne sont issues de la main de six artistes différentes.

Trois estampes semblent être les plus réussies dans leur progression créative. Celle commencée avec un personnage à chapeau claque, prestidigitateur ou croque-mort, qui fait apparaître un service à café et une roue symbole du temps qui passe et sur lesquels se lèvent une lune et un firmament d’étoiles. Celle, très sombre tout d’abord où se devine une sorte de crâne qui se précise peu à peu sous les traits plus affirmés d’un impatient dont le cerveau bouillonne de fantasmes érotiques. Celle d’un bestiaire fantastique où surgissent du noir quelques animaux indomptés qui s’agglutinent en troupeau pour s’éclaircir enfin dans une ménagerie plutôt bienveillante.


La ménagerie bienveillante (Cl. Silex).

Vers un nouveau défi

Une première tentative d’édition réussie par ces deux jeunes femmes qui ont osé ce coup de maître. Elles se sont promis de récidiver prochainement dans un autre Ougrapo. Alors, à un autre rendez-vous Silex : sérigraphie, intaglio, lithographie, estampe et xylographie, tout aussi accompli !

Pour contacter l’association Silex : silex.asso@gmail.com

Claude Bureau